Espérons que nous en avons fini avec ces pannes aquatiques, qui ont déjà failli nous être si fatales, et que dorénavant la chance nous favorisera jusqu’au bout.


31 mars 1908.

A cinq heures et demie du matin, Guérin vient m’avertir que les éléphants sont là !

Nous les escaladons, grâce à une gymnastique sévère, et nous nous installons tant bien que mal, plutôt mal que bien dans les paniers pendus à leurs flancs.

Puis, les énormes bêtes s’ébranlent. Le sol tremble. On redoute un cataclysme, on a l’impression de se trouver juché sur une colline pendant un tremblement de terre.

Les paniers nous coupent les jambes, les secousses nous coupent la respiration et Guérin insinue sournoisement que « nous n’y couperons pas pour une courbature ! »

Après des oscillations qui n’ont rien d’isochrone, nous arrivons sur le terrain de chasse. Une véritable surprise nous y attend ; en effet, les rabatteurs ont eu la singulière idée de faire la battue à l’envers et d’envoyer le gibier dans la direction exactement opposée à celle où nous sommes venus l’attendre… Ont-ils voulu par là se distinguer ? ou la pratique du sabotage aurait-elle déjà envahi l’Extrême-Orient ? Toujours est-il que les effets d’une telle manœuvre ne comportent pas de commentaires. Ils se devinent aisément.

Navré d’une telle déconvenue, je passe ma juste fureur sur un aigle qui plane au-dessus de nos malheurs et je l’abats d’un coup sans lui laisser le temps de comprendre pourquoi !

Guérin déclare que, décidément, l’éléphant n’est pas un moyen de transport et que ça ne vaudra jamais l’auto. A l’appui de cette déclaration véhémente, il prend le parti de revenir à cheval.