«Au fort de la Montagne, 21 janvier 1795.

«Les préparatifs de l'embarquement continuent, mon cher père, et ils commencent à tirer à leur fin.--Je m'embarquerai sur l'Helvétie, bâtiment marchand de cinq cents tonneaux et armé de vingt pièces de canon, qui a été dévolu à l'état-major de l'artillerie.

«Je viens de revoir ici un homme auquel je suis bien attaché, et qui le mérite sous tous les rapports: c'est le général Gouvion. J'ai connu sous lui les premiers travaux et les premiers dangers de la guerre; il est doux de s'en retracer l'image et de voir l'objet qui vous les rappelle.--L'intérêt qu'il veut bien me porter est d'ailleurs un assez grand titre à ma reconnaissance;--il vient de l'armée des Alpes et va à celle d'Italie avec le général Vaubois, dont vous vous rappelez sans doute, et dont j'ai été bien aise de faire la connaissance.

«Adieu, mon tendre père,» etc., etc.

MARMONT À SA MÈRE.

«En rade du fort de la Montagne, 3 mars 1795.

«C'est le pied dans l'eau, ma bonne mère, que je vous écris. Nous avons tous reçu l'ordre, hier, de nous embarquer, et nous avons couché à bord. Nous sommes à merveille; je suis pourvu de tout ce qui m'est nécessaire; depuis longtemps, j'avais prévu tous mes besoins et je m'étais occupé à les prévenir.

«L'escadre a mis à la voile le 11. Elle offrait un brillant spectacle. Elle n'a pas encore vu les Anglais, mais elle les cherche pour les combattre.

«Notre destination est enfin arrêtée. La paix faite avec la Toscane a fait renoncer au projet d'aller à Livourne, et nous allons décidément en Corse. Cette paix a fait sensation ici; elle va nous ramener l'abondance. Voilà déjà un des bienfaits de cette convention.»

MARMONT À SON PÈRE.