«Les chaleurs de l'Italie diminuent, et, dans quinze jours, elles seront passées. Ainsi les dangers du climat n'existeront plus pour nous, et ma bonne santé ne se démentira pas plus que depuis le commencement de la campagne.
«On vient d'envoyer à Paris les drapeaux pris dans cette fin de campagne. Le général en chef a désiré me garder ici et m'a dit qu'il m'aurait choisi si je lui eusse été moins utile.--On a envoyé l'officier le moins capable.--Je ne suis pas fâché de voir la suite des opérations; je connais l'ensemble, car je n'ai pas quitté un seul instant l'armée.»
MARMONT À SON PÈRE.
«Vérone, 20 novembre 1796.
«Nous venons d'obtenir, mon tendre père, de grands succès, et Mantoue est plus près que jamais du moment de sa reddition. L'ennemi avait tenté de délivrer cette place; nous avons manoeuvré pendant plusieurs jours, et, après plusieurs combats sanglants, l'ennemi a été forcé de se retirer sur Vicence. Nous allons donc bientôt jouir du fruit de nos travaux, et Mantoue pris nous donnera des quartiers d'hiver qui nous mettront à même de réorganiser l'armée.
«Les officiers manquent, et nos soldats, qui veulent être conduits, se sont mal battus. Cependant la force des choses l'a emporté, et nous avons été victorieux.
«Nous avons eu, en huit jours, onze généraux tués ou blessés, six aides de camp. J'ai à regretter la mort d'un de mes amis, Muiron, dont souvent vous m'avez entendu parler.»
MARMONT À SA MÈRE.
«Milan, 27 décembre 1796.
«J'arrive dans l'instant même, ma tendre mère, de Vérone, après avoir parcouru les montagnes et les divisions. J'ai trouvé tout dans un état très-satisfaisant; l'armée est plus nombreuse que jamais, elle a un excellent esprit, et jamais nous n'avons eu plus de chances en notre faveur: si notre étoile veut que le sort de l'Italie soit encore décidé par les armes, nous pouvons espérer qu'elles nous seront favorables.