«Le général Menou vous a sans doute rendu compte, mon cher général, du départ de tous les bâtiments à pavillon rouge; trois vaisseaux anglais seulement sont à notre vue: deux croisent devant Alexandrie, un à Aboukir, mouillé.

«Je crois maintenant les transports par mer possibles: nous allons l'essayer. Dût-il y avoir quelque danger, il faudrait encore y avoir recours, car nos besoins sont pressants: nous sommes sans blé, nous n'en avons plus que pour demain, et il faut renoncer à l'idée d'approvisionner Alexandrie par des caravanes. Cent cinquante chameaux marchant continuellement pourraient à peine suffire à la consommation journalière.

«Les rapports que j'ai eus sur la navigation du lac sont satisfaisants: les deux points d'embarquement seront, l'un à une lieue et demie d'Alexandrie, et l'autre à quatre lieues de Rosette. Ainsi nos transports par terre seront diminués; mais cette navigation ne peut pas être mise en activité sur-le-champ: il faut donc employer la navigation extérieure, qui j'espère, sera heureuse, et pourvoira à nos besoins. J'envoie, à cet effet, à Rosette, un officier de marine et deux aspirants intelligents capables de conduire les djermes.

«Les agences en chef des différents services n'ont rien envoyé depuis longtemps aux agents d'Alexandrie; en conséquence, personne n'a un sou: il est difficile que la machine aille. Le divan fournit, en attendant, de la paille, du bois pour la consommation journalière de la garnison, et de la viande pour les hôpitaux. Ces ressources seront bientôt épuisées, et je n'y compte que pour très-peu de temps; aussi vais-je chercher à me pourvoir ailleurs.

«Il est dû à la garnison d'Alexandrie les mois de vendémiaire et de brumaire, tandis que la première décade de frimaire est payée à l'armée.

«Les travaux du génie sont sans activité, parce qu'on n'a encore rien donné sur l'ordonnance de vingt mille francs que vous avez fait délivrer.

«J'ai emprunté quinze cents quintaux de blé au divan pour pourvoir à la subsistance de quinze jours. J'espère que d'ici à ce temps-là, s'il nous arrive quelque argent et que nous profitions bien de la circonstance, nous serons dans l'abondance; et alors je rendrai en nature, ainsi que j'ai promis, quinze cents quintaux.

«Le divan ne marchait pas; je lui ai adjoint, pour le stimuler un peu, le capitaine Arnaud, qui est bien capable d'en tirer parti. Le divan s'assemblera tous les deux jours; le capitaine Arnaud me représentera. Dans les cas extraordinaires, je le convoquerai chez moi.

«Je vais chercher à faire venir du bois par Aboukir.»

MARMONT À BONAPARTE.