BERTHIER À MARMONT.

«9 mars 1799.

«Nous voilà maîtres de Jaffa, mon cher Marmont, ville dans une position militaire assez bonne, entourée de murs et flanquée de tours: environ quatre mille hommes, dont dix-huit cents canonniers turcs. Nous avons établi nos batteries; ils n'ont fait aucune réponse à deux sommations. La barbarie, l'ignorance de ces hommes nous a mis dans le cas de faire la brèche et de prendre la ville d'assaut. Presque tout a été passé au fil de l'épée; le pillage a duré vingt-quatre heures, malgré tous les efforts que nous avons faits pour l'arrêter: les lois de la guerre le permettaient. Nous avons trouvé dans cette ville une vingtaine de pièces de campagne toutes neuves, environ soixante pièces garnissant les remparts, beaucoup de munitions et de vivres. Le port est assez bon: les frégates peuvent mouiller en rade. Nous y avons trouvé plusieurs bâtiments qui nous seront fort utiles; depuis que nous sommes maîtres de Jaffa, nous en avons déjà pris trois de Djezzar, arrivant d'Acre, portant des vivres et des munitions.

«Nous avons eu environ trente hommes tués et environ cent cinquante blessés. Nous avions le plus grand besoin d'entrer dans cette place; nos troupes et nos chevaux avaient beaucoup souffert par les pluies continuelles que nous avons eues à la sortie du désert. Nous nous disposons à poursuivre notre ennemi, et bientôt nous serons devant Acre.

«Vous acquérez aussi une gloire particulière et qui a des droits bien réels à la reconnaissance, dans le poste si difficile et si pénible que vous occupez.

«Je désire que les événements politiques nous réunissent dans le pays où nous avons des intérêts si chers.»

BERTHIER À MARMONT

«29 mars 1799.

«Nous sommes devant Saint-Jean-d'Acre, mon cher Marmont, place qui a une assez bonne enceinte et un bon fossé; nous sommes sur le glacis, et bientôt nous serons dans la place. Nous habitons un pays très sain et où les subsistances abondent de tous les côtés. Nous avons reçu avec grand plaisir des nouvelles de France; la révolution de Naples est très-importante relativement à notre position dans ce pays.

«Nous avons perdu, dans la tranchée, les adjudants généraux Laugier et Lescalle, et l'adjoint Mailly; ce sont de braves gens que nous regrettons.»