LE PRINCE EUGÈNE À MARMONT.
«Milan, le 26 février 1806.
«Je vous préviens, monsieur le général Marmont, que Sa Majesté, par sa lettre du 11 février, me prévient que vous faites partie de l'armée d'Italie, avec le corps sous vos ordres; votre quartier général doit être à Udine, et le projet de cantonnement que vous m'avez envoyé cadre avec les intentions de l'Empereur, qui tient également à conserver à Monfalcone un bataillon et un escadron. L'intention formelle de Sa Majesté est qu'aucune troupe autrichienne, aucun soldat, aucun officier, ne passe l'Isonzo. Comme il y a, le long de l'Isonzo, quelques villes ou villages appartenant aux Autrichiens, vous en ferez prendre possession avant qu'aucune troupe autrichienne arrive; il serait même nécessaire d'y envoyer sur-le-champ des postes, soit d'infanterie ou de cavalerie; seulement pour le premier moment, car il faudra des postes de cavalerie partout, d'après les ordres de Sa Majesté, qui tient tellement à cette occupation et conservation de cette limite, dans toute son intégrité, qu'elle me rend responsable, ainsi que vous, de l'exécution stricte de ses ordres à cet égard. En un mot, la limite du royaume d'Italie est l'Isonzo, et de plus Monfalcone; et, s'il y a des réclamations, vous tiendrez ferme; vous pouvez répondre que c'est par ordre de Sa Majesté, qui s'en entendra avec l'empereur d'Autriche.
«Je vous adresse cette lettre par mon aide de camp, le chef d'escadron Delacroix; vous voudrez bien, par son retour, me faire part des dispositions que vous aurez prises, afin que je puisse en rendre compte sur-le-champ à Sa Majesté, qui exige une réponse prompte à cet égard.
«Dans le cas où vous ne seriez pas encore dans le cas de faire passer l'Isonzo à quelques-unes de vos troupes, je vous prie de faire le projet des détachements pour les différentes villes ou villages autrichiens sur la rive droite de l'Isonzo; et je donne des ordres à mon aide de camp pour faire exécuter les vôtres à ce sujet par le 15e régiment de chasseurs, qui est à Udine.
«Je vous serais obligé de m'envoyer l'état exact des possessions autrichiennes sur la rive droite de l'Isonzo.»
LE GÉNÉRAL MOLITOR À MARMONT.
«Macarsca, le 8 mars 1806.
«Les Autrichiens m'ont cédé la majeure partie des places et ports de la Dalmatie dans le désarmement le plus complet. Non-seulement ils en ont évacué leurs munitions, mais même les munitions ex-vénitiennes, qui, aux termes du traité de paix, appartenaient au royaume d'Italie. Ce qui pourra vous surprendre davantage, c'est qu'après avoir vaincu des difficultés dont aucun pays du monde n'offre d'exemples pour porter mes troupes en Albanie, et être parvenu aux frontières de Raguse, les troupes autrichiennes, l'élite du régiment de Thurn, sans avoir été attaquées, sans avoir manqué de vivres, sans avoir été inquiétées par les habitants de leurs garnisons (qui nous attendaient à bras ouverts), sans avoir tiré un coup de fusil enfin, ont reçu l'ordre de céder et ont cédé le 5 de ce mois aux troupes russes toutes les places des bouches de Cattaro, dont la principale était en état de soutenir un siége avec moins de troupes qu'elle n'en contenait.
«Le prince Eugène m'ayant interdit de commencer aucune hostilité, je m'empresse de rendre compte à Son Altesse de toutes ces circonstances; elles vous confirmeront sans doute, mon général, dans la nécessité de garder Trieste et la Carniole, pourvu que ces provinces soient encore en votre pouvoir.