«Monsieur le comte, M. le duc de Raguse m'a prévenu depuis longtemps que, conformément aux instructions données par le prince major général, le général en chef de l'armée du Nord doit faire soutenir l'armée de Portugal par la cavalerie, son artillerie et deux divisions d'infanterie, si l'armée anglaise marche sur cette armée. M. le maréchal Jourdan a donc écrit par mon ordre, le 18 mai, à M. le comte Dorsenne de se tenir prêt à aider le duc de Raguse de toutes les troupes dont il pourrait disposer, et d'envoyer ces troupes au duc de Raguse à sa première demande. Il paraît que nous touchons au moment où ces dispositions doivent recevoir leur exécution. Tout annonce que l'armée anglaise va prendre l'offensive sur celle de Portugal. N'ayant reçu de vous ni de votre prédécesseur aucun état de situation de l'armée du Nord, il m'est impossible de déterminer quelles sont les troupes que vous pouvez envoyer au secours de l'armée de Portugal; mais je vous donne l'ordre de réunir toutes celles que vous pourrez placer en échelon entre Burgos et Valladolid, et de prescrire au général qui en aura le commandement d'aller joindre le maréchal duc de Raguse au premier ordre de ce maréchal. Vous sentez, monsieur le général, que, si l'armée de Portugal perdait une bataille, les armées françaises en Espagne seraient compromises; ainsi vous devez vous disposer à l'aider avec toutes les troupes dont vous pouvez disposer. Vous laisserez sur les points principaux de la communication les troupes nécessaires pour les garder, et vous négligerez momentanément l'intérieur des provinces.»

LE MARÉCHAL JOURDAN AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 3 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, j'ai reçu dans la nuit votre lettre du 29 du mois, et je me suis empressé de la mettre sous les yeux du roi. Sa Majesté me charge de vous adresser copie de la lettre qu'elle vient d'envoyer à M. le général comte Caffarelli; pour plus grande sûreté envoyez-lui une copie, et pressez-le d'exécuter les ordres du roi.

«Sa Majesté a demandé une division au général Suchet, mais elle n'a encore aucun avis de sa marche. Elle a adressé par dix voies différentes au duc de Dalmatie l'ordre de mettre le tiers de son armée sous les ordres du comte d'Erlon, de prescrire à ce général de bien observer les mouvements du général Hill sur la Guadiana, et de se porter rapidement dans la vallée du Tage si lord Wellington rappelle à lui le général Hill. Le roi va réitérer ses ordres et va les faire partir par un de ses aides de camp.

«On répand ici le bruit que depuis plusieurs jours le général Bonnet est entré dans les Asturies. Sa Majesté désirerait bien savoir si ce bruit est fondé, et si cette division est toujours à portée de vous rejoindre dans le cas où l'armée anglaise marcherait sur vous.

«J'ai reçu ce matin une lettre du général Foy, datée du pont de l'Arzobispo, du 31 mai. Ce général est en marche pour se rapprocher de vous. Conformément aux ordres que je lui ai donnés, il m'annonce que le général Hill est toujours sur la rive gauche du Tage avec trois divisions.»

LE MINISTRE DE LA GUERRE AU MARÉCHAL MARMONT.

«Paris, le 9 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, depuis la lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence le 2 du courant, l'Empereur m'a renvoyé vos dépêches des 16 et 21 avril. Sa Majesté m'ordonne de vous mander que c'est dorénavant le roi d'Espagne qui doit vous donner les directions, ainsi que le prince de Neufchâtel l'a fait connaître et que j'ai eu soin de vous le réitérer par mes lettres des 15 mai et 2 courant. Ceci répond aux observations et aux demandes contenues dans votre première dépêche; Sa Majesté espère que votre retraite s'est faite devant lord Wellington suivant les règles de la guerre, en le contenant avec des masses et des corps rassemblés.