«L'Empereur suppose que vous aurez conservé vos têtes de pont sur l'Aguada [7], parce que cela seul peut vous permettre d'avoir des nouvelles de l'ennemi tous les jours et de le tenir en respect. Sa Majesté ajoutait, à cette occasion, que, si vous aviez mis un trop grand intervalle entre l'ennemi et vous, vous auriez agi contre les principes de la guerre en laissant le général anglais maître de se porter où il voudrait, et que, perdant ainsi l'initiative des mouvements, vous n'auriez plus la même influence dans les affaires d'Espagne. L'Empereur pense que la Biscaye et le Nord se sont trouvés dans une situation fâcheuse par les suites de l'évacuation des Asturies, dont la réoccupation par la division du général Bonnet ne lui était point encore connue. Le nord de l'Espagne s'est trouvé exposé, en effet, à des événements malheureux, et il n'est pas douteux que la libre communication des guérillas avec la Galice et les Asturies, par terre et par mer, ne finit par les rendre formidables. Tant que les Asturies ne seront pas occupées en force par vos troupes, ajoute Sa Majesté, votre position ne peut jamais s'améliorer.

[Note 7: ] [ (retour) ] Toujours les mêmes idées insensées! Conserver des têtes de pont sur l'Aguada quand l'armée prend forcément position sur la Tormès et en arrière, et qu'un espace de vingt lieues de désert sépare les deux armées! Le maréchal duc de Raguse.

«Telle est l'opinion de l'Empereur, sur laquelle Sa Majesté insiste d'autant plus, qu'elle ignorait, en écrivant, le retour du général Bonnet dans les Asturies, que vos lettres postérieures lui auront appris, et qui doit avoir une influence très-avantageuse sur l'état des affaires dans le nord de l'Espagne.»

LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.

«Vitoria, le 10 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, j'ai reçu à la fois les lettres que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire les 24 et 30 mai et le 5 juin. Il paraît qu'il y en a eu d'égarées, car ce sont les premières que je reçois depuis un mois.

«Je réunis en infanterie, cavalerie et artillerie tout ce que j'ai de disponible, et je ferai tout ce qu'on peut attendre d'un bon serviteur de l'Empereur.»

LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 12 juin 1812.

«Monsieur le duc, deux jours après avoir reçu votre dernière lettre, du 5 de ce mois, par laquelle vous m'annoncez que vous regardez le mouvement des Anglais sur vous comme très-prochain, j'ai eu des nouvelles de l'Andalousie; le maréchal duc de Dalmatie mande, par sa lettre du 26 mai, qu'il est positif que l'intention du général anglais est de marcher sur l'Andalousie pour forcer l'armée du Midi à lever le siége de Cadix: telles sont ses propres expressions. D'après cette opinion, à laquelle le duc de Dalmatie paraît s'être arrêté, loin d'avoir exécuté les ordres que je lui avais donnés de mettre le corps du comte d'Erlon en mesure de contenir celui du général Hill en Estramadure et de passer même le Tage si le général Hill le passait pour agir sur la rive droite, il demande que l'armée de Portugal et celle d'Aragon marchent au secours de l'armée du Midi.