«Comme cette opinion ne s'est point vérifiée jusqu'ici et qu'elle me paraît même formellement démentie par les rapports que vous m'avez adressés, je n'ai point révoqué mes premiers ordres; je les réitère, au contraire, en pressant leur exécution.

«J'ai cru cependant qu'il était important de vous faire connaître ce que m'écrit le duc de Dalmatie. Il est possible que les Anglais fassent par la suite ce qu'ils n'ont pas fait aujourd'hui.

«Je vous recommande donc de ne pas vous laisser imposer par de fausses démonstrations; s'il arrivait que celles que les Anglais ont faites contre vous n'eussent eu d'autre objet que de masquer leur véritable projet sur l'Andalousie, soyez toujours prêt à faire marcher, comme mes instructions antérieures l'ont prévu, trois divisions de l'armée de Portugal en Estramadure, dans le cas où lord Wellington se porterait sur la rive gauche du Tage: c'est ce que vous êtes à portée d'observer. Le général Caffarelli m'a écrit en date du 25 mai; il a dû entrer en correspondance avec vous sur les secours que vous pouvez attendre de l'armée du Nord; il paraît que vous avez peu à y compter, vu l'état de faiblesse auquel, suivant ce que mande le général Caffarelli, l'armée du Nord est réduite.»

LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.

«Vitoria, le 14 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, je viens de recevoir les dépêches de Votre Excellence du 8, primata et duplicata. Vous espérez livrer bataille; je vous amènerai huit mille hommes et vingt-deux bouches à feu dès que les troupes que j'attends de Navarre seront arrivées. Je me mettrai en mouvement et je m'échelonnerai entre Burgos et Valladolid.»

LE MARÉCHAL JOURDAN AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 14 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, le roi a reçu depuis quelques jours votre lettre du 5-6. Sa Majesté vous a répondu hier par estafette; elle me charge de vous adresser ci-joint le duplicata de sa lettre.--J'ai reçu ce matin le duplicata de votre lettre du 1er juin et votre lettre du 2 du même mois; je les ai mises sous les yeux du roi.

«Sa Majesté vous a fait connaître quelle est l'opinion de M. le duc de Dalmatie sur les projets de l'ennemi. Ce maréchal croit qu'une bonne partie de l'armée anglaise est sur la Guadiana, et que le générai Darricaut mande, par ses lettres des 2 et 5 juin, que soixante mille hommes sont au moment de pénétrer en Andalousie. Le roi est trop éloigné pour juger qui est dans l'erreur, de vous ou du duc de Dalmatie. Sa Majesté ne peut donc que vous réitérer que vous devez bien observer les mouvements de l'ennemi, pour éviter d'être trompé par de fausses démonstrations et vous tenir prêt à porter trois divisions au secours de l'armée du Midi si lord Wellington se porte sur l'Andalousie. Le roi a mandé la même chose au duc de Dalmatie, en lui réitérant l'ordre d'envoyer le comte d'Erlon sur la rive droite du Tage si lord Wellington appelle à lui le général Hill.