«J'ai mandé, par ordre du roi, au général Caffarelli de se préparer à vous soutenir avec tout ce dont il pourra disposer dans le cas où l'année anglaise prendrait l'offensive sur vous; mais, comme ce général ne peut pas dégarnir sans danger les provinces dont le commandement lui a été confié, le roi désire que vous ne l'appeliez à vous que quand vous connaîtrez bien les projets de l'ennemi. Il a été écrit depuis longtemps à M. le due de Dalmatie et au comte d'Erlon que le corps de l'armée du Midi qui se porterait sur le Tage trouverait à Talavera de l'artillerie, pourvu qu'on menât des chevaux pour l'atteler. Il est déjà arrivé dans la vallée du Toge un grand bateau sur lequel on peut passer deux voitures à la fois. Ce grand bateau est en réserve à Oropesa. On s'occupe ici de la construction d'un pont volant; il sera envoyé à Talavera aussitôt qu'il sera prêt. Le roi sent parfaitement qu'il serait important de faire rétablir le fort de Lugar-Nuevo; mais le général Treillard n'a pas assez des troupes sous ses ordres pour cela, et le roi ne peut pas lui en envoyer d'autres. Sa Majesté me charge de vous proposer d'envoyer un bataillon de cinq cents hommes à ce général, et de suite on travaillera à rétablir Lugar-Nuevo en même temps qu'on s'occupera de la construction des bateaux pour un pont. Si vous pouvez faire passer une division dans la vallée du Tage, vous rendrez un service de la plus grande importance.

«Le général Treillard, n'ayant pas assez des troupes pour faire réparer et garder Lugar-Nuevo, est encore bien moins en état de faire ouvrir des roules sur la rive gauche du Tage. Je lui en avais donné l'ordre depuis longtemps; mais il ne lui a pas été difficile de démontrer qu'il était dans l'impossibilité de l'exécuter.

«Les forts de Miravete doivent être approvisionnés pour deux mois dans le moment actuel. Le général Treillard reçoit fréquemment des nouvelles du commandant.»

LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 18 juin 1812.

«Monsieur le duc, le maréchal Jourdan m'a communiqué votre lettre du 14. J'espère que, si le général Hill s'est réuni au gros de l'armée anglaise, le général Drouet aura suivi son mouvement et qu'il arrivera bientôt dans la vallée du Tage. Je ne saurais supposer que le duc de Dalmatie n'exécute pas les ordres formels que je lui ai donnés à cet égard, et que j'ai si souvent réitérés. J'espère aussi que le général Caffarelli vous enverra quelques secours.

«Je viens d'envoyer ordre aux troupes qui sont dans la Manche de venir sur le Tage. Je les réunirai à celles qui sont sous le commandement du général Treillard, ce qui formera un petit corps d'environ quatre mille hommes, qui agira avec les troupes de l'armée du Midi, sous les ordres du comte d'Erlon.

«Je pense que, si le général Hill est resté avec dix-huit mille hommes sur la rive gauche du Tage, vous serez en état de battre l'armée anglaise, surtout si vous recevez quelques secours de l'armée du Nord. C'est à vous à bien choisir votre champ de bataille et de bien faire vos dispositions; mais je conçois que, si le général Hill est réuni au gros de l'armée anglaise, le succès pourrait être incertain si vous combattez seul. Je pense que, dans ce cas, vous devez éviter de livrer bataille avant l'arrivée des troupes du général Drouet et de celles que j'ai fait demander au maréchal Suchet. Si les ordres que j'ai donnés à ce maréchal et au duc de Dalmatie sont exécutés, le succès est certain. Il ne faudrait donc pas le compromettre par trop de précipitation. Il serait moins dangereux de céder un peu de terrain. J'ai cru devoir vous adresser ces réflexions, afin que, suivant les circonstances, vous en fassiez l'usage convenable. Je n'hésiterais pas même à vous donner l'ordre positif de refuser la bataille si j'étais certain de l'arrivée du général Drouet avec quinze mille hommes et de l'arrivée de la division de l'armée d'Aragon; car alors l'armée anglaise serait fortement compromise. Mais, dans l'incertitude où je suis à cet égard, je ne puis que vous répéter que, si le général Hill est encore sur la rive gauche du Tage, vous devez bien choisir votre terrain et bien faire vos dispositions pour livrer bataille avec toutes vos forces réunies; mais que, si le corps du général Hill est réuni à lord Wellington, vous devez éviter de combattre aussi longtemps que cela vous sera possible, afin d'attendre les secours qui sans doute arriveront. Je viens de réitérer à cet égard mes ordres au maréchal Suchet et au duc de Dalmatie, et je vais les réitérer au général Caffarelli.»

LE GÉNÉRAL BONNET AU MARÉCHAL MARMONT.

«Aguilard del Campo, le 20 juin 1812.