LE ROI JOSEPH AU GÉNÉRAL CLAUSEL
Blanco-Sancho, le 25 juillet, midi.
«Monsieur le général. M. le maréchal duc de Raguse m'annonce les événements du 22 juillet, sa blessure et votre commandement.
«Je reçois en même temps votre lettre de ce matin d'Arevalo, et le porteur m'assure n'être parti d'Arevalo qu'après vous avoir vu partir. La lettre de M. le maréchal ne me parlait que de la perte de trois mille hommes et m'assurait que celle de l'ennemi était plus considérable. La vôtre, monsieur, me prouve que nos malheurs sont plus grands, puisqu'ils ont pu vous déterminer à vous retirer sur la droite du Duero, me sachant si près de vous, et à me déclarer que la réunion de mes troupes (de quatorze mille hommes) ne suffirait pas pour attaquer les Anglais; que vous ne resteriez sur le Duero que dans le cas où lord Wellington se porterait sur Madrid. Je n'ai donc d'autre parti à prendre que de ralentir la poursuite de l'ennemi par les mouvements que j'ordonnerai à la cavalerie et par la lenteur que je mettrai dans mon retour sur Madrid. Vous devez sentir combien je suis impatient de connaître l'état de vos pertes et votre situation actuelle.»
(Par duplicata.)
LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON.
«Tudela, le 31 juillet 1812.
«Sire, je viens de rendre compte au ministre de la guerre des événements qui ont eu lieu depuis que les Anglais ont commencé à agir contre l'armée de Portugal. Mon rapport contient le détail de mes opérations jusqu'au moment où ma malheureuse blessure m'a privé du commandement. J'ai cru devoir envoyer un de mes aides de camp, M. le capitaine Fabvier, pour porter ce rapport à Paris. J'ai pensé aussi que Votre Majesté ne désapprouverait pas que cet officier, qui est parfaitement au fait de tout ce qui s'est passé et qui connaît l'état des choses, se rendit près d'elle pour lui donner tous les renseignements qu'elle pourrait désirer et répondre aux questions qu'elle daignerait lui faire.
«Sire, un combat s'est engagé le 22 juillet avec les Anglais; il a été sanglant. J'ai été frappé auparavant, et au moment où tout nous présageait des succès et où la présence du chef était le plus nécessaire; mais la fortune, en m'éloignant de l'armée, a abandonné nos armes. Que n'ai-je pu, Sire, conserver le commandement jusqu'à la fin de la journée au prix de tout mon sang et de ma vie!»