Il s'y résolut, et, le 14, douze mille hommes, avec un équipage d'artillerie, se présentèrent sur la montagne. Les forts de Miravete fermant le passage, l'artillerie ne put pénétrer dans la vallée; mais, le succès de l'opération dépendant de la promptitude de l'exécution, les Anglais prirent la résolution d'enlever de vive force le fort de Lugar-Nuevo. En conséquence, une partie de ces troupes descendit, dans la journée du 18, dans la vallée par des chemins détournés, et, le 19, à trois heures du matin, ils donnèrent l'assaut à ces forts. Malheureusement la garnison était composée en grande partie de mauvaises troupes, connues sous le nom de régiment prussien. A la vue de ce parti décidé, une vive inquiétude s'empara des soldats. Le major Aubert, voulant leur donner de la confiance, monte sur le parapet pour mieux diriger la défense; mais, peu après, il est tué. Le désordre se met dans les troupes. Bientôt la terreur est au comble, et elles s'enfuient sur la rive droite, abandonnant dans le donjon des sapeurs et des canonniers français qui y sont pris ou tués, les ponts-levis du donjon que les fuyards avaient baissés n'ayant pas eu le temps d'être levés. L'ennemi passa sans peine sur la rive droite, et tous les forts tombèrent ainsi en son pouvoir. Il les dégrada sans les détruire, brisa l'artillerie, coula les bateaux et se retira sans avoir rien entrepris sur Miravete, qui ainsi fut conservé. A la première nouvelle, qu'en reçut le général Foy, il se mit en marche avec sa division pour porter secours. Si la défense eût duré trente-six heures, il arrivait à temps pour donner de la confiance à la garnison et rendre les forts imprenables. Le général Clausel, de son côté, se mit en mesure de l'appuyer, et, en cinq jours, il y aurait eu treize mille hommes réunis sur ce point, et la tentative des Anglais aurait échoué.
Cet événement démontre combien il y a d'inconvénients à charger de mauvaises troupes de la défense de postes militaires de quelque importance. Un général éprouvera toujours une grande répugnance à affaiblir de bons corps; mais il vaut mieux s'y résoudre, pour une partie de la garnison au moins, que de risquer de voir ainsi disparaître, en un moment, les points d'appui sur lesquels il a compté, et qui, comme dans la circonstance actuelle, étaient de véritables pivots d'opération. Comme ces postes étaient de nature à être rétablis et réoccupés, le général Foy, que les circonstances devaient amener dans le bassin du Duero, demanda avec instance, mais toujours infructueusement, au général d'Armagnac, de l'armée du Centre, d'y former une nouvelle garnison, d'y placer des approvisionnements et d'y faire rétablir un passage. Au surplus, les événements se succédèrent rapidement et empêchèrent de rien terminer à cet égard.
Les opérations des Anglais dans le Nord devenaient de jour en jour plus probables; l'opinion s'en établissait sur toute notre frontière, et cependant Soult prétendait toujours être menacé. Joseph finit par concevoir des doutes en faveur de mon opinion. Les Anglais, bien pourvus de vivres, devaient hâter leur entrée en campagne; car, comme nous en manquions par suite de la disette de l'année précédente, notre situation serait devenue tout autre si la campagne se fût ouverte seulement après la moisson.
Dès le 30 mai, j'écrivis au général Caffarelli, successeur du général Dorsenne dans le commandement de l'armée du nord de l'Espagne, pour lui rappeler les instructions fondamentales données par l'Empereur, fixant d'une manière invariable le contingent à fournir par l'armée du Nord à l'armée de Portugal en cas d'offensive décidée de l'armée anglaise. En lui annonçant les événements probables et prochains, je lui demandais avec instance de tout préparer d'avance pour remplir les devoirs qui lui étaient imposés. Le général Caffarelli me répondit par les meilleures assurances, et en me faisant les promesses les plus positives de me secourir de tous ses moyens quand le moment serait arrivé. Il me réitéra constamment ces promesses; mais tout en resta là, et, quand il fut question de combattre, jamais son artillerie, sa cavalerie et les deux divisions qui devaient me joindre ne parurent. Deux régiments de troupes légères seulement nous rejoignirent, et encore après la bataille.
Le duc de Wellington, en préparant son offensive, avait pris des dispositions nécessaires pour établir de prompts moyens de communication entre le corps de Hill et l'armée principale. A cet effet, un passage régulier du Tage avait été établi à Alcantara, dont le pont en pierre avait été coupé antérieurement. Alors, suivant les circonstances, il pourrait appeler à lui ce corps, fort de douze mille hommes. Enfin il donna l'impulsion aux milices portugaises pour agir sur l'Esla vers Benavente, et à l'armée de Galice pour qu'elle eût à déboucher et à faire le blocus d'Astorga.
Les Anglais firent, le 3 juin, une première démonstration offensive. Une division passa l'Aguada, battit la campagne, et repassa cette rivière quelques jours après.
A cette occasion, je resserrai mes cantonnements, voulant préparer la prompte réunion de mes troupes quand l'ennemi se mettrait en marche pour s'avancer sur moi.
Le 8, la position de l'armée était celle-ci:
Première division, Avila et Arevalo;
Deuxième, Peñaranda et Fontiveros;