Le 15, j'écrivis au général Caffarelli, au roi, à tous ceux qui, d'après les instructions de l'Empereur, devaient donner à l'armée de Portugal, par leur concours, la force nécessaire pour combattre l'armée anglaise. Je demandais avec la plus vive instance que les secours fussent mis en marche sans perdre un seul moment.

Les Anglais arrivèrent devant Salamanque le 16, dans l'après-midi.

Après avoir mis les forts de Salamanque dans le meilleur état possible, complété les garnisons, donné les instructions nécessaires, je disposai tout pour la retraite. Elle s'effectua dans la nuit du 16 au 17, et j'allai prendre position à Bleines, point indiqué pour le rassemblement des troupes.

L'armée anglaise, le 17, prit position sur la rive droite de la Tormès, occupa la position de San-Christoval qui couvre Salamanque, et commença l'attaque des forts.

Des tentatives d'escalade furent repoussées et coûtèrent cher à l'ennemi. Il se mit en mesure alors d'employer la grosse artillerie.

Le 20, cinq divisions étant rassemblées, les deuxième, troisième, quatrième, cinquième et sixième, je marchai en avant, et vins prendre une position offensive à une petite portée de canon de l'armée anglaise.

Le siége commencé fut suspendu, et toute l'armée ennemie se rassembla sur le plateau de San-Christoval.

Mon mouvement avait étonné l'ennemi, mais la position que j'avais prise, dans le but de simuler le prélude d'une attaque, ne pouvant pas être défendue, il eût été dangereux de l'occuper longtemps. Aussi, le 23 au matin, je me retirai à deux milles pour occuper la position d'Aldea-Rubia, qui domine et se trouve en arrière du gué de Huerta sur la Tormès. Alors le siége fut recommencé, et le feu nous l'indiqua. Je reçus dans cette position une lettre du général Caffarelli, en date du 10, qui m'annonçait qu'il allait se mettre en mouvement pour se rapprocher de moi, et me porter secours avec toute sa cavalerie, vingt-deux pièces de canon et sept mille hommes d'infanterie.

Le 27, des signaux m'annoncèrent que les forts pouvaient tenir encore cinq jours. Je ne pouvais raisonnablement attaquer l'armée anglaise avant la réunion de toutes mes forces. Je me disposai à opérer sans me compromettre et à faire une diversion. Le fort d'Alba-sur-Tormès étant en mon pouvoir, le passage de la Tormès m'était assuré en retraite, si, après l'avoir franchi au gué de Huerta, il fallait faire un mouvement rétrograde. En conséquence, je disposai tout pour exécuter le passage de la rivière dans la nuit du 28 au 29, et me placer de manière à menacer les communications de l'ennemi, dont la liberté lui était indispensable pour pouvoir subsister.

Mais, le 27 même, un incendie épouvantable avait détruit tous les approvisionnements et bâtiments du fort principal de Salamanque; et, bien que deux assauts eussent été repoussés et que l'ennemi eût perdu plus de quinze cents hommes, la confusion était devenue telle, que la garnison dut se rendre à discrétion et sans capitulation.