Cet événement changeait complétement l'état des choses.

Je devais alors prendre une position qui me permît d'attendre sans danger, et de recevoir avec sûreté les renforts promis. En conséquence, je mis en marche l'armée le 28, et elle se porta sur la Guareña, le 29 sur la Trabanjos, où elle séjourna le 30 juin. L'ennemi ayant suivi avec toutes ses forces, l'armée continua son mouvement de retraite, et, le 1er juillet, vint prendre position sur le Zapardiel, et, le 2 juillet, repassa le Ducro à Tordesillas.

Ce jour-là, le mouvement s'étant exécuté un peu tard, et les Anglais ayant commencé le leur de grand matin, il y eut à Bueda un combat d'arrière-garde à soutenir dans des circonstances désavantageuses, mais aucune conséquence fâcheuse et aucun désordre n'en résultèrent. Le meilleur ordre fut observé en repassant la rivière. L'ennemi prit position sur le Duero. La deuxième division fut placée sur la rive gauche de cette rivière, et en arrière de la Daga, son affluent.

Le 3 juillet, l'ennemi, ayant fait une tentative sur le gué de Pollos, fut repoussé. Les dispositions de détail étant prises pour assurer la défense de cette ligne, je me décidai à attendre dans cette position les secours annoncés, et sur lesquels j'avais droit de compter.

J'ai déjà dit combien ma cavalerie était faible; elle ne s'élevait pas à plus de deux mille chevaux, et l'ennemi avait près de six mille hommes de cavalerie anglaise, et une nuée de guérillas qui le dispensait de toute espèce de détachement et de service de troupes légères. Je pris la résolution de faire enlever tous les chevaux de selle existant dans les lieux occupés par les troupes. Cette opération, faite partout simultanément, augmenta de huit cents chevaux la force de ma cavalerie on dix jours de temps.

Le général Bonnet, avant d'avoir reçu mes ordres, instruit du mouvement de l'armée anglaise et isolé dans les Asturies avec très-peu de munitions, prit la sage résolution d'évacuer cette province, dont la sortie pouvait être difficile si l'ennemi se fût mis en mesure de s'y opposer. Ayant pris position à Reynosa, il put exécuter promptement l'ordre qui lui fut donné de se rendre sur le Duero.

Les milices portugaises se montrèrent sur l'Esla, à l'embouchure de cette rivière et vers Benavente; mais de simples démonstrations suffirent pour les contenir. Pendant ce temps, l'armée de Galice avait formé le blocus d'Astorga.

Ainsi, en face d'une armée qui avait douze mille hommes d'infanterie et deux mille cinq cents chevaux de plus que moi, qui pouvait recevoir d'un jour à l'autre le corps de Hill, composé de douze mille hommes, je voyais encore mon flanc droit et mes derrières menacés.

J'accablais le général Caffarelli de mes lettres et de mes demandes; je le sommais d'exécuter les dispositions arrêtées par l'Empereur; mais, après m'avoir fait de magnifiques promesses, il baissait chaque jour de ton et trouvait toujours de nouveaux prétextes pour ne faire aucun effort en ma faveur.

Il m'écrivit que les bandes de Reguovales, Pinta et Longa étaient en mouvement. Il y avait pitié de sa part à mettre ainsi en balance les intérêts de l'Espagne avec ceux de la tranquillité de son arrondissement. Je lui mandai de les laisser faire, de venir à mon secours avec tous ses moyens, et qu'après avoir battu les Anglais je lui donnerais autant de troupes qu'il en voudrait pour tout mettre chez lui promptement à la raison. Plus tard, enfin, il m'annonça que des bâtiments s'étaient montrés sur la côte et menaçaient d'un débarquement. C'était me faire connaître de toutes les manières sa résolution de ne pas me seconder.