Je crus que le roi connaîtrait mieux ses devoirs et les intérêts de la défense qui lui était confiée, et je m'adressai à lui avec persévérance.
L'armée du Centre pouvait former une division de cinq à six mille hommes d'infanterie. Elle avait une forte cavalerie, belle et instruite, entre autres, une division commandée par le général Treilhard, qui était inoccupée dans la vallée du Tage. Après mille sollicitations, mille prières, mille demandes motivées sur des faits qui n'étaient pas susceptibles de discussions, il me fit répondre, par le maréchal Jourdan, une lettre ainsi conçue:
«Monsieur le maréchal,
«Le roi m'a chargé de vous dire qu'il n'a pas reçu de vos nouvelles depuis la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 14 du courant. Depuis lors, il a circulé ici des bruits de toute espèce; mais ce qu'on a pu conclure au milieu de tous ces rapports contradictoires, c'est que l'armée anglaise est en position sur la Tormès et que vous avez réuni la vôtre sur le Duero. Vous sentez, monsieur le maréchal, que Sa Majesté est fort impatiente de recevoir de vos nouvelles. On dit ici que l'armée ennemie est forte d'environ cinquante mille hommes, parmi lesquels on ne compte que dix-huit mille Anglais. Le roi pense que, si cela est vrai, vous êtes en état de battre cette armée, et le roi désirerait bien connaître les motifs qui vous ont empêché d'agir. Il me charge donc de vous inviter à lui écrire par des exprès.
«Le roi me charge en même temps de vous communiquer les nouvelles qu'il a reçues d'Andalousie. Les dernières lettres de M. le duc de Dalmatie sont du 16 courant, et la dernière lettre de M. le comte d'Erlon est du 18. A cette époque, le général Hill, qui est toujours resté sur la Guadiana avec un corps de quinze mille hommes et trois à quatre mille Espagnols, s'était avancé sur Zafra, et même sur la Serena.
«Des troupes de l'armée du Midi sont en marche pour se réunir au général Drouet, et ce général doit être en opération, depuis le 20, contre le général Hill. Le roi a réitéré au duc de Dalmatie l'ordre de diriger le général Drouet sur la vallée du Tage, si lord Wellington appelle à lui le général Hill; mais, comme il serait possible, le cas arrivant, que cet ordre ne fût pas exécuté assez promptement, Sa Majesté désirerait que vous profitassiez du moment où lord Wellington n'a pas toutes ses forces réunies pour le combattre. Le roi a aussi demandé des troupes au général Suchet; mais ces troupes n'arriveront pas. Ainsi tout ce que Sa Majesté a pu faire, c'est d'envoyer un renfort de troupes dans la province de Ségovie, et d'ordonner au général Estève, gouverneur de cette province, de secourir, au besoin, la garnison d'Avila et de lui envoyer des vivres.
«Le maréchal de l'empire, chef de l'état-major de Sa Majesté Catholique,
«Signé: Jourdan.
«Madrid, le 30 juin 1812.»
Cette lettre du maréchal Jourdan, du 30 juin, me parvint le 12 juillet par duplicata.
Ainsi, l'armée du Centre refusait tout secours, officiellement.