«Merida, le 6 juillet 1811.
«Je reçois la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 2 juillet. L'armée de Portugal n'a jamais eu à combattre la totalité de l'armée anglaise, car une division en a toujours été détachée sur cette frontière; elle n'a jamais été chargée non plus d'une portion de l'armée espagnole lorsqu'elle était dans toute sa force. Ce n'est point avec l'affaiblissement en hommes et en moyens, qu'elle a éprouvé, qu'elle peut changer de rôle aujourd'hui et tenir tête aux armées anglaise et portugaise réunies et augmentées des forces de Castaños.
«Le cinquième corps a toujours été considéré par Sa Majesté comme devant concourir aux opérations générales de l'armée de Portugal, et, de fait, il y a toujours été employé. Je m'empresse donc de vous annoncer, d'une manière bien formelle, que, le jour ou vous rappellerez le cinquième corps et la cavalerie, l'armée de Portugal repassera le Tage, et qu'elle ne marchera de nouveau au secours de Badajoz que lorsque les forces disponibles de l'armée du Midi auront débouché des montagnes. Si, au contraire, le cinquième corps et la cavalerie continuent à rester en Estramadure, l'armée de Portugal gardera les positions que je vous ai annoncé qu'elle allait prendre, et sera en communication avec l'armée du Midi et toujours prête à venir à son secours. La position de l'armée de Portugal n'est pas telle en Estramadure, qu'elle puisse stationner sur la Guadiana avec des forces inférieures, parce qu'elle a une mauvaise communication, impossible à défendre, et qu'un seul revers pourrait causer sa perte. Les troupes de l'armée du Midi, au contraire, ont une communication que rien ne peut compromettre, et, en se retirant devant un ennemi supérieur, elles arrivent dans de fortes positions, et s'approchent de leurs magasins, de leurs ressources et de leur réserve. C'est donc pour éviter cette équivoque que je me hâte de vous écrire cette lettre. Rien ne pourrait modifier les résolutions qu'elle contient, parce qu'elles sont fondées sur des calculs raisonnables et sur les véritables intérêts du service de l'Empereur. J'en envoie, au surplus, une copie au prince major général, avec prière de la mettre sous les yeux de Sa Majesté.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
Paris, le 10 juillet 1811.
«L'Empereur, monsieur le duc, me charge de vous témoigner sa satisfaction du mouvement que vous avez opéré sur Badajoz et de son résultat. L'intention de Sa Majesté, monsieur le maréchal, est que la province de l'Estramadure, depuis Merida, Medellin, et toute la rive droite de la Guadiana, soit sous vos ordres, sans comprendre toutefois Badajoz ni un rayon à sept ou huit lieues autour de cette place, qui continueraient à faire partie de l'armée du Midi. L'intention de l'Empereur est également que la province de Talavera, celles de Tolède, Placencia et Avila, soient immédiatement sous vos ordres, ayant soin de rendre compte au roi de ce qui se passera dans ces provinces; mais vous devez employer les contributions de ces provinces et toutes leurs ressources pour fournir à votre armée tout ce dont elle pourra avoir besoin. Ainsi donc, monsieur le duc, Tolède, Talavera, Placencia, Avila, Coria et la province de Ciudad-Rodrigo font partie de votre commandement, pour en tirer, je vous le répète, les contributions, les subsistances et les moyens de toute espèce dont votre armée peut avoir besoin. Le roi, qui est à Madrid et commande l'armée du Centre, vous enverra de sa capitale, de Ségovie et de la Manche, tout ce qu'il pourra.
«Le maréchal duc d'Istrie a dû vous envoyer cinq cents chevaux d'artillerie de la garde. Vous trouverez, ci-joint l'état des troupes qui sont en marche pour vous rejoindre. Par ces moyens, vous verrez que votre artillerie et votre cavalerie seront bientôt en état.
«L'Empereur vous ordonne, monsieur le duc, d'exécuter l'ordre que vous avez déjà reçu plusieurs fois d'envoyer à Bayonne les hommes à pied, soit de cavalerie, soit du train d'artillerie ou des équipages militaires. L'Empereur a formé, dans les départements du midi de la France, des dépôts où il y a des chevaux, des équipements et tout ce qui est nécessaire pour remonter promptement ces hommes.
«Votre artillerie, comme je vous l'ai dit, doit être de quatre-vingt-quatre bouches à feu. Le matériel existe à Ciudad-Rodrigo et à Madrid; le personnel est à votre armée; les chevaux nécessaires pour le train vous arrivent: il ne vous reste donc rien à désirer.
«Il a été envoyé à l'armée de Portugal, jusqu'à ce jour, neuf millions cinq cent mille francs, et il part un sixième convoi, du 13 au 15 juillet, qui vous porte quatre millions.