«Le ministre de la guerre a l'ordre de mettre à votre disposition cent mille francs pour le génie, cent mille francs pour l'artillerie, cent mille francs pour vos dépenses extraordinaires, et ce qui aurait été déjà dépensé pour ces trois services sera imputé et régularisé sur ces sommes.

«Je dois vous faire observer, monsieur le duc, que, dans l'état d'agitation et de trouble dans lequel se trouve l'Espagne, elle ne peut être administrée que militairement. Faites payer fortement le pays et établissez le plus grand ordre; empêchez les vols et gaspillages de toute espèce. J'écris au roi pour qu'il vous envoie un million de rations de biscuit. De votre côté, vous devez profiter du moment de la récolte pour former de grands magasins à Truxillo, Placencia, Talavera, etc.

«Après vous avoir félicité sur votre mouvement, Sa Majesté me charge de vous dire qu'elle est très-mécontente que vous n'ayez pas encore envoyé l'état de situation de votre armée. Prenez donc à l'avenir des mesures pour que tout marche ensemble. L'Empereur a besoin de connaître, dans les plus petits détails, la situation de ses armées pour les commander.

«Sur l'état joint à cette lettre, vous verrez que le général Vandermaesen réunit à Burgos une division de huit cent cinquante hommes de cavalerie et de six mille hommes d'infanterie, qui partiront vers les quinze premiers jours d'août. Vous y verrez aussi les détachements partis avec le roi et ceux qui partiront avec le sixième convoi de fonds. Vous recevrez ainsi un renfort de six mille cinq cent huit hommes d'infanterie, huit cent cinquante-quatre hommes de cavalerie, et de onze cent quarante chevaux d'artillerie.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Paris, le 10 juillet 1811.

«L'Empereur, monsieur le due de Raguse, me charge de vous parler de vos relations avec le roi.

«Les provinces de Tolède, d'Avila et de Talavera étant distraites de l'armée du Centre, pour vous servir à en tirer les contributions et les autres ressources nécessaires aux besoins de votre armée, vous devez vous entendre avec le roi et lui adresser l'état des contributions et des objets de toute espèce que vous emploierez pour votre armée. Vous lui en ferez connaître l'emploi et vous m'enverrez les mêmes comptes.

«Les agents du roi doivent continuer leurs fonctions, la justice doit être rendue au nom de Sa Majesté Catholique; les agents de l'administration et les membres du clergé seront nommés par elle. Vous devez rendre compte au roi des opérations administratives, y mettre le plus grand ordre, de manière à ce que les agents espagnols aient la conviction qu'il n'y a rien de soustrait dans les deniers publics. Correspondez avec le roi sur les événements militaires afin qu'au besoin il puisse vous soutenir avec ce qu'il aura de disponible. De son côté, Sa Majesté Catholique vous fera connaître ce qui pourra vous intéresser.

«L'Empereur, monsieur le duc, désire que le roi aille passer la revue de votre armée; cela l'intéressera davantage pour subvenir à vos besoins. Sa Majesté Catholique aura les honneurs du commandement, mais c'est vous, monsieur le maréchal, qui commandez et qui répondez à l'Empereur des événements. Vous sentirez assez tous les avantages que vous retirerez de ce que le roi soit bien accueilli à votre armée; cela fera un bon effet moral parmi les Espagnols et portera Sa Majesté à vous seconder de tous ses moyens pour contribuer à vos succès.»