LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT.

Madrid, le 14 septembre 1811.

«Monsieur le maréchal, je reçois votre lettre du 3; vous ne m'accusez pas réception de celle que je vous ai écrite le 1er, qui accompagnait mon décret du même jour, dont, par précaution, je vous envoie une nouvelle copie.

«Outre les provinces d'Estramadure, d'Avila, le partido décimal de Talavera, vous verrez, par un autre décret du 11 septembre, que je me suis déterminé à mettre sous votre autorité et à affecter exclusivement à l'entretien de l'armée du Portugal une partie de la province de Tolède, qui vous fournira beaucoup de ressources. Vous savez que j'ai ordonné la formation d'un hôpital de mille malades à Tolède pour votre armée; vous n'ignorez pas les dépenses qu'elle occasionne aussi à Madrid. Si vous pouvez retirer les grains et les impôts dus des pays qui vous sont abandonnés, je ne doute pas que vous ne pourvoyiez à tous vos besoins. La ville de Tolède, par sa position entre Madrid, la Manche et l'armée du Midi; par l'importance d'opinions que lui donnent les corps ecclésiastiques, civils et militaires, qui sont habitués à obéir à mon autorité, ne peut en être soustraite qu'en me chassant de Madrid. Il en est de même des communes qui sont entre cette ville et ma capitale, qui touchent immédiatement au territoire de la province de Tolède, puisque Madrid, autrefois simple maison de campagne, était située dans la province de Tolède, et qu'aujourd'hui même, sous le nom de province de Madrid, elle n'a qu'une banlieue extrêmement rétrécie. C'est ainsi qu'Illescas, Naval El Carnero, appartiennent à la province de Tolède. C'est la province de Tolède qui a constamment nourri Madrid; ce ne sont pas les déserts qui la séparent d'avec Avila et Valladolid.

«Vous avez déjà vu, par expérience, ce qu'on peut attendre d'une autorité mixte. Je ne sais si vous savez que le général de l'armée du Portugal, que vous avez laissé à Talavera, a eu infiniment peu d'égards pour le conseiller d'État que j'ai envoyé, sur votre demande, auprès de vous, monsieur le duc, avec la qualité de commissaire royal.

«Mon commissaire de police a été arrêté et emprisonné sous ses yeux à Talavera, etc.

«C'est pour obvier à tous ces inconvénients que je me suis décidé à tracer la ligne de démarcation portée au décret ci-joint. J'espère que vous y applaudirez, et que vous reconnaîtrez bientôt l'avantage d'un système plus simple, plus juste, et seul exécutable.

«Mon ministre de l'intérieur, qui va résider quelque temps encore à Tolède, n'oubliera rien pour que les malades de l'armée de Portugal soient traités le mieux possible.

«Il me paraîtrait, monsieur le duc, que vous devriez vous attacher à faire réunir le plus d'approvisionnements possibles à Talavera; et je pense que le moyen d'obtenir des paysans n'est pas de tout enlever dans un canton, comme on a déjà fait, mais de se contenter du tiers ou de la moitié des récoltes.

«Je donne les ordres les plus précis pour que mes agents civils et militaires obéissent en tout aux ordres que vous ferez donner dans la partie de la province de Tolède assignée à l'armée de Portugal, dans celles d'Avila, Estramadure et le partido de Talavera. J'espère que vous voudrez bien donner les mêmes ordres, afin qu'un même village ne se trouve pas pressé à la fois par les demandes de l'armée de Portugal et par celles de mon gouvernement.»