Par les dispositions prises au milieu de cette confusion des changements, je devais avoir réuni en face de l'armée anglaise, sur l'Aguada, du 26 au 27, trente-deux mille hommes, et, du 1er au 2, quarante mille. Maintenant, je dois poursuivre. On m'ordonne (même lettre) d'envoyer une des divisions de l'armée de Portugal à l'armée du Nord, sans rien changer à sa composition et à sa force, en échange de trois régiments de marche, qui appartiennent aux corps de mon armée, renforts qui me sont déjà comptés et annoncés depuis longtemps. On retire de l'armée du Midi cinq régiments polonais, et on prescrit d'accélérer leur retour. On ordonne impérativement de faire partir pour la France tout ce qui appartient à la garde impériale en troupes de toutes les armes, et on prescrit, comme l'équivalent pour l'armée de Portugal de la diminution de forces qui s'opère partout, les secours que pourra donner l'armée du Nord à l'armée de Portugal, dans le cas où l'armée anglaise s'avancerait en Castille; comme s'il était possible de compter jamais d'une manière positive sur les mouvements combinés de généraux indépendants, et en Espagne alors beaucoup moins qu'ailleurs! Et c'est au moment où les Anglais sont en pleine opération, et assiégent Rodrigo, que de semblables dispositions sont prises!
Le maréchal duc de Raguse


LE MARÉCHAL SOULT AU MARÉCHAL MARMONT.

«Séville, le 9 décembre 1811.

«Monsieur le maréchal, j'ai l'honneur de vous prévenir qu'en exécution des ordres que Son Altesse Sérénissime le prince major général m'a adressés le 28 octobre dernier, je donne ordre à la septième compagnie du 4e régiment d'artillerie à cheval de se rendre à l'armée de Portugal, sa nouvelle destination: elle arrivera à Tolède le 30 de ce mois, où elle attendra les ordres de Votre Excellence. Cette compagnie n'emmènera que ses chevaux d'escadron.

«Je fais en même temps partir une compagnie de militaires français, appartenant à des régiments de l'armée de Portugal, qui, étant prisonniers de guerre, ont été forcés de servir et faisaient partie de la légion d'Estramadure, commandée par un colonel anglais, sous les ordres de Murillo et du général Castaños. Le sieur Melhiot, tambour-major au 76e de ligne, commande cette compagnie; c'est lui qui l'a conduite à nos avant-postes, il y a quinze jours, du côté de Aljucen: la manière dont il a ménagé sa rentrée lui fait honneur et annonce un homme de caractère; j'ai fait donner tout ce qu'il était possible aux hommes qu'il a ramenés; je dois cependant vous prévenir que, sur la demande du général commandant l'artillerie de l'armée, j'ai fait retenir six à sept hommes pour être incorporés dans l'artillerie, où ils ont demandé à servir; je prie Votre Excellence de l'avoir pour agréable. J'ai écrit au ministre de la guerre pour lui demander de vouloir bien approuver cette incorporation.

«J'ai reçu votre réponse au sujet de l'événement arrivé au général Girard; je n'ai certainement pas entendu que l'armée de Portugal en fût cause, d'autant plus qu'il pouvait et devait s'éviter; heureusement, il n'a pas été aussi fâcheux que d'abord on l'avait annoncé. Lorsque je fus prévenu que vous faisiez un mouvement sur Ciudad-Rodrigo, je me trouvais sur les frontières de Murcie, et, suivant vos désirs, je donnai l'ordre que l'on fît un mouvement sur la rive droite de la Guadiana, afin de retenir les troupes espagnoles et de faire même en sorte de les compromettre; mais cet ordre fut longtemps à parvenir; ensuite il fut mal exécuté, et, par la négligence la plus coupable, on s'attira ce désagrément. Les contributions n'en étaient point le prétexte, quoique le général Girard dût faire rentrer celles du district de Merida; d'ailleurs, un motif aussi puéril n'aurait dû, en aucun cas, l'empêcher de faire son métier.

«Je crois que Votre Excellence est mal instruite au sujet de ce qui s'est passé à Medellin et dans la Serena; les troupes de l'armée de Portugal ont emporté de cette contrée beaucoup de denrées, dont elles n'ont point profité, et, lorsque je l'ai fait réoccuper, on a trouvé le pays aussi épuisé que le restant de l'Estramadure.

«M. le général comte d'Erlon m'a écrit, le 6 de ce mois, que la division anglaise du général Hill occupait Albuquerque, et que l'on avait annoncé son arrivé à Cacerès. Les préparatifs que l'on a remarqués faisaient croire à un prochain mouvement.

«M. le maréchal duc de Bellune fait en ce moment le siége de Tarifa et d'Algésiras; je fais momentanément occuper le camp de San-Roch: nous avons obtenu quelques avantages dans cette partie, sur une armée anglo-espagnole que les ennemis y formaient; on l'a rejetée sous le canon de Gibraltar.