«Les troupes ennemies, qui sont en Murcie, avaient fait un mouvement sur ma gauche; mais, le 26 dernier, elles sont parties précipitamment pour se porter sur les frontières de la province de Valence; je présume que les progrès de l'armée d'Aragon y ont donné lieu. Il m'a été fait rapport que les généraux ennemis avaient dit que, s'ils étaient trop pressés, ils feraient une trouée par la Manche et iraient joindre Castaños en Estramadure, auquel ils amèneraient particulièrement leur cavalerie; si cela se réalise, Votre Excellence sera peut-être à même de profiter de cet avis.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«13 décembre 1811.

«Je vous préviens, monsieur le maréchal, que l'Empereur, après avoir pris connaissance de la lettre par laquelle vous exposez la difficulté que vous avez de vous procurer des subsistances, et considérant en outre l'importance de donner le commandement de toute la frontière de Portugal à un seul général en chef, Sa Majesté décide que la province d'Avila, celle de Salamanque, celle de Placencia, de Ciudad-Rodrigo, le royaume de Léon, la province de Palencia, les Asturies et enfin tout ce qui forme les sixième et septième gouvernements de l'Espagne, feront partie de l'armée de Portugal.

«Indépendamment de vos troupes, c'est-à-dire des six divisions qui composent maintenant l'armée de Portugal, vous aurez sous vos ordres la division du général Souham, stationnée dans la province de Salamanque, qui formera votre septième division, et la division du général Bonnet, stationnée dans les Asturies, qui vous formera une huitième division.

«L'intention de Sa Majesté, monsieur le duc, est que vous vous rendiez sans délai à Valladolid, pour prendre le commandement militaire et administratif; que vous fassiez relever de suite la garnison de Rodrigo par les troupes de votre armée, que vous occupiez toutes les plaines de la Castille avec votre cavalerie, et Astorga par une brigade et une division.

«Au moyen de ces dispositions vous enverrez dans le cinquième gouvernement tout le 34e régiment d'infanterie légère, le 113e régiment d'infanterie de ligne, le 4e régiment d'infanterie de la légion de la Vistule, et enfin tout ce qui appartient aux régiments suisses, au bataillon de Neufchâtel, et à la garde impériale, ainsi que le 1er régiment de hussards et le 31e régiment de chasseurs.

«Le général Dorsenne portera son quartier général à Burgos, où il doit réunir toutes les troupes, infanterie et cavalerie; il en résultera une nouvelle formation des deux armées de Portugal et du Nord, conformément aux deux états ci-joints.

«Il est nécessaire, monsieur le maréchal, que vous gardiez à Placencia un corps d'infanterie et de cavalerie, avec lequel vous communiquerez par les cols des montagnes, dont vous aurez grand soin d'augmenter les défenses. Cette communication devient de la plus grande importance pour Madrid, pour l'armée du Centre, pour celle du Midi, et pour savoir ce qui se passe dans cette partie. Le point de Placencia devient tellement important, que l'Empereur vous laisse le maître de placer deux divisions de ce côté.

«Il est indispensable que le général Bonnet reste dans les Asturies, parce que dans cette position il menace la Galice et contient les habitants des montagnes. Il vous faudrait plus de monde pour garder les bords de la plaine depuis Léon jusqu'à Saint-Sébastien que pour garder les Asturies. La théorie avait établi, et l'expérience a prouvé que, de toutes les opérations, la plus importante est d'occuper les Asturies, ce qui appuie la droite de l'armée à la mer et menace continuellement la Galice.