«Si le général Wellington, après la saison des pluies, voulait prendre l'offensive, alors vous pourriez réunir vos huit divisions pour livrer bataille, être secouru et soutenu par le général Dorsenne qui, de Burgos, marcherait pour vous appuyer. Mais cela n'est pas présumable. Les Anglais ayant perdu beaucoup de monde, et éprouvant beaucoup de peine à recruter leur armée, tout doit porter à penser qu'ils s'en tiendront simplement à la défense du Portugal.

«En réfléchissant à la situation des choses, il parait à l'Empereur qu'au lieu d'établir votre quartier général à Valladolid il serait préférable que vous l'établissiez à Salamanque, si cela est possible. Nous n'avons pas de plan de cette ville; si l'on pouvait la fortifier sans de trop grandes dépenses et en peu de temps, ce travail serait fort utile.

«Il faut, monsieur le duc, que vous fassiez augmenter les fortifications d'Astorga par des ouvrages en terre qui en défendent l'enceinte et qui mettent cette place en état de soutenir un siége; de manière que, dans le cas où votre année serait obligée de rétrograder jusqu'à Valladolid, même jusqu'à Burgos, vous puissiez, après avoir réuni vos forces et les secours qui vous arriveraient, faire lever le siége que l'ennemi aurait pu entreprendre sur Salamanque et Astorga.

«Tout porte à penser qu'avant la fin de la saison des pluies Valence sera pris, et qu'alors les détachements que vous avez faits pour soutenir l'expédition sur cette place vous rejoindront. La grande quantité de cavalerie que vous aurez pour battre la plaine vous mettra à même de détruire les bandes, de pacifier le pays, d'en organiser l'administration, de faire payer les contributions, et enfin de former des magasins.

«Par vos différentes dépêches il ne paraît plus possible, en effet, de prendre l'offensive contre le Portugal. Badajoz est à peine approvisionné, et Salamanque n'a pas de magasins. Il faut donc forcément attendre la nouvelle récolte, que les nuages qui obscurcissent en ce moment la politique du Nord soient dissipés. Sa Majesté ne doute pas que vous ne profitiez de ce temps pour organiser et administrer les provinces de votre commandement avec justice et intégrité, ainsi que pour former de gros magasins. Avec la quantité de troupes que vous allez avoir sous vos ordres, vous serez à même de bien assurer vos communications avec le général Bonnet, dans les Asturies. Il faut faire bien administrer cette province, et faire tourner au profit de l'armée toutes les ressources de ce pays qui, jusqu'à ce jour, ont été employées à des profits particuliers.

«Vous devez sentir, monsieur le maréchal, l'importance que met l'Empereur à ce que les troupes du général Dorsenne rentrent. Il n'est même pas impossible que l'Empereur soit dans le cas de rappeler sa garde.

«C'est à vous, monsieur le duc, qu'est réservée la conquête du Portugal et l'immortelle gloire de battre les Anglais. Vous devez donc employer tous les moyens pour vous mettre en mesure d'entreprendre cette campagne lorsque les circonstances permettront de l'ordonner. Vous devez porter le plus grand soin à organiser le matériel de votre armée et avoir des approvisionnements en tout genre de vivres et de munitions.

«Plusieurs opinions ont été émises pour détruire Rodrigo. L'Empereur pense que ce serait commettre une très-grande faute, car l'ennemi, s'appuyant sur cette position, se trouverait intercepter par ses avant-postes la communication de Salamanque à Placencia, ce qui serait un très-grand malheur. Les Anglais savent bien que, s'ils serrent ou assiégent Rodrigo, ils s'exposent à avoir bataille, ce qu'ils sont bien loin de vouloir faire; enfin, s'ils s'y exposaient, il faudrait, monsieur le maréchal, réunir votre armée et marcher droit à eux. Aussitôt que Valence sera pris, le duc de Dalmatie a l'ordre de renforcer considérablement le cinquième corps, afin d'arrêter et de contenir le général Hill et les insurgés de l'Alentejo.»

LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 15 décembre 1811.