«Monsieur le maréchal, j'ai reçu vos lettres du 10 et du 11. Plus j'ai réfléchi aux propositions qu'elles contiennent, et plus je m'affermis dans l'opinion qu'il m'est impossible d'y adhérer.

«J'ai des ordres positifs de l'Empereur sur la part de coopération que doit prendre l'armée du Centre aux mouvements généraux ordonnés par Sa Majesté Impériale en faveur de l'armée qui assiège Valence; je ne puis donc pas m'écarter de ce qui m'est ordonné pour l'armée du Centre. Je sais que le général en chef de l'armée du Nord, que M. le duc de Dalmatie, ont des ordres directs de Paris, dont ceux que je pourrais leur donner ne pourront pas les faire écarter. Comment croire, en effet, que, tandis que l'armée du Midi a l'ordre de l'Empereur de faire un mouvement sur sa gauche, vers le royaume de Murcie, elle puisse se prêter à la demande que je lui ferais de faire un mouvement vers la droite? Comment espérer que dans le Nord on pourra faire le mouvement que vous désirez vers Salamanque, tandis que vingt-quatre mille hommes de cette armée se portent vers Valence, et qu'on m'assure que le général en chef lui-même s'est porté sur un point plus central?

«Je ne pense pas, monsieur le duc, qu'il faille faire, pour l'armée qui assiége Valence, d'autre diversion que celle ordonnée par l'Empereur. La tâche principale et glorieuse du général en chef de l'armée de Portugal me paraît déterminée jusqu'à ce qu'il prenne l'offensive, et la rentrée des Anglais dans leurs lignes aujourd'hui ne doit pas plus vous rassurer sur leurs opérations futures que les mouvements qu'ils ont faits en deçà de l'Aguada n'ont dû vous intimider il y a quelques jours, et ceux qu'ils pourraient faire encore ne doivent pas, je pense, vous empêcher d'envoyer sur Valence les huit mille hommes désignés par la lettre du prince de Neufchâtel.

«Quoique je vous aie écrit précédemment que le général d'Armagnac paraissait devoir commander ce nouveau mouvement sur Valence, ayant dirigé déjà celui qui vient d'avoir lieu, et connaissant le pays, cependant il est possible de tout combiner et de donner au général Montbrun le commandement des troupes de l'armée de Portugal et de celle du Centre, dirigées sur Valence, en laissant le général d'Armagnac gouverneur de la province de Cuença dans cette province avec deux mille hommes de l'armée du Centre, et le général Treilhard gouverneur de la province de la Manche dans la province de la Manche, commandant les quinze cents hommes de l'armée du Centre et les quinze cents hommes de l'armée de Portugal que vous y avez envoyés.

«Je n'entre pas dans plus de développements, monsieur le maréchal, persuadé qu'il n'y a pas lieu à discuter dans des choses où la marche est tracée par l'Empereur. C'était il y a deux mois, lorsque vous étiez à Madrid, et que je vous proposai de réunir aux cinq mille hommes de l'armée du Centre huit mille de l'armée de Portugal, que cela eût été possible; aujourd'hui nous ne pouvons qu'obéir, et nous devons le faire d'autant mieux, qu'il ne me paraît pas raisonnable que l'armée de Portugal puisse prendre aux opérations sur Valence une part plus active que celle qui lui est si sagement ordonnée par les dispositions du prince de Neufchâtel. Vous ne devez pas oublier, monsieur le duc, qu'un mouvement des Anglais sur Placencia par Alcantara ne serait pas improbable s'ils apprenaient que le général en chef et la plus grande partie de l'armée de Portugal, aujourd'hui gardienne du Tage, ont abandonné ses bords pour se porter sur Valence par les montagnes de Cuença. Cette route, indiquée par l'instruction du prince de Neufchâtel, ne serait point convenable pour un grand mouvement d'armée comme celui que vous projetez, et dans ce cas, ce serait par Albacete et Chinchilla qu'il faudrait se diriger pour couper la retraite à Blake sur la droite du Xucar, et avoir peut-être une affaire générale avec lui s'il se portait à la rencontre de l'armée qui marcherait sur lui; mais un mouvement semblable ne peut point être exécuté ni par le général ni par l'armée qui se trouvent en face de l'armée anglaise.»

EXTRAIT DE DEUX LETTRES DONNANT L'AVIS DES DISPOSITIONS
DES ANGLAIS CONTRE RODRIGO.

«Salamanque, le 1er janvier 1812.

«Monsieur le général, tout ce qui tient à Rodrigo devient si sérieux, que, à tout événement, j'adresse ci-joint à Votre Excellence un duplicata de ma lettre n° 126.

«A l'appui de ce qu'elle renferme, je vais vous rendre compte des faits dont je ne puis douter, d'après ce que le préfet vient de me dire.

«Il y a trois semaines environ, les ennemis jetèrent un pont sur l'Aguada, entre Rodrigo et San Felices-El-Chico. Ce pont, presque terminé, s'écroula, et ceux qui y travaillaient furent noyés. Je cite ce fait parce qu'il établit de la suite dans les opérations.