«En ce moment, ils en ont construit deux pour le passage de l'artillerie, etc., l'un à San Felices-El-Grande, et l'autre à deux ou trois lieues plus haut. Un équipage de pont, arrivé depuis peu, a servi à l'une de ces constructions. Je mentionne cette circonstance, parce que, dans la position de l'ennemi, l'arrivée d'un équipage de pont prouve des projets.
«D'énormes convois de subsistances et de grands troupeaux de boeufs arrivent à l'armée anglaise, en passant par la province d'Avila et par la partie de la province de Salamanque occupée par l'armée de Portugal. Je l'ai écrit au général Thomières, qui est à El-Barco. Je puis ajouter qu'il y a quinze jours le marche de Tamamès a été tellement pourvu, que mille fanégas de grains n'ont pu y être vendues.
«Placencia et Bejar sont évacués; et, d'après ce que m'écrit le général Thomières, il parait qu'il doit se retirer, en cas d'un mouvement offensif de l'ennemi, sur Avila, où est son général de division Maucune.
«Don Carlos, en annonçant un grand mouvement, et avec les plus terribles menaces, vient d'ordonner, dans les provinces du septième gouvernement, que, de suite, toutes les justices soient renouvelées au nom de la régence; que les nouveaux alcades aillent prêter serment entre ses mains; que tout le bétail soit conduit dans les montagnes; que les habitants évacuent leurs villages à l'approche des Français; qu'on lui conduise d'énormes quantités de grains, de pain et de cochon salé, etc.: que, sous peine de mort, toutes les voitures existantes lui soient conduites, et que l'on emploie tous les moyens existants pour en construire de nouvelles: ordre qui s'exécute avec une inconcevable activité sur toute la gauche de la Tormès, qui, déjà, lui a fait amener un nombre très-considérable de voitures et qui les augmente tous les jours.
«J'ai demandé au préfet quels moyens on pouvait prendre pour déjouer ces projets. Il n'a pu m'en proposer aucun. Ne pouvant cependant avoir l'air d'autoriser, par le silence, ces audacieuses mesures qui, chaque jour, terrorisent davantage tout le pays, j'ai rendu l'ordre dont copie ci-jointe, et que j'ai l'honneur de vous soumettre.
«Dans cet état de choses, on annonce un mouvement offensif de la part de l'armée combinée. Je ne pense pas qu'il la conduise sur la Tormès, quoique cela soit possible; mais, considérant que l'armée de Portugal s'est retirée et découvre tout ce pays, je pense que l'attaque de Rodrigo va commencer, et tous les faits ci-dessus rapportés ne peuvent pas laisser de doute à cet égard.
«On ajoute, et c'est le bruit général, que Rodrigo est dans une fâcheuse position et que la désertion y augmente chaque jour. On cite même à cet égard des choses ridicules.
«Le préfet, qui n'est pas alarmiste et qui est un des hommes qui connaît le mieux son pays, regarde cette situation comme très-sérieuse. Je lui ai ordonné d'envoyer quelques hommes sûrs pour vérifier ces faits. Il m'a demandé avec quoi il les payerait: c'est le chapitre infernal. Il pense, comme moi, que rien ne balance la nécessité de s'éclairer sur les opérations de l'ennemi. Il a été jusqu'à me dire qu'il serait criminel d'hésiter à prendre, à cet égard, partout où il y a. Au fait, la forme ne peut tuer le fond, et nous ferons pour le mieux.
«Je ne puis vous dire à quel point Rodrigo me tourmente. Le temps qu'il fait achève de tout faciliter à l'ennemi; tandis que, l'année dernière, ce temps aurait sauvé Almeida et Rodrigo; comme, cette année, le temps de l'année dernière aurait suffi pour chasser l'ennemi de ses positions. C'est une fatalité. Du reste, mon général, le ravitaillement de Rodrigo n'est plus une opération de division, c'est une grande et difficile opération d'armée; et, si l'armée de Portugal n'y concourt pas, elle me paraît très-douteuse; mais comment l'armée de Portugal se retirerait-elle lorsque sa présence est le plus nécessaire, et comment oublierait-elle que la conservation de Rodrigo est un de ses premiers devoirs?
«Le général baron Thiébault.»
«Salamanque, la 3 janvier 1812.
«Mon général, j'apprends à l'instant par un homme sûr, qui est parti le 30 décembre de la gauche de l'Aguada, les faits suivants: