«J'ai l'honneur d'adresser ci-joint, à Votre Excellence, deux lettres en original, aux dates des 1er et 3 courant, du général Thiébault, gouverneur de Salamanque. Quoique je n'ajoute aucune foi à leur contenu, car depuis six mois je n'ai cessé de recevoir de pareils rapports, je crois cependant utile de vous les communiquer. Votre Excellence est à même d'être mieux instruite que moi de la situation des choses dans la partie de Rodrigo; mais je ne puis lui dissimuler que le dégoût qu'éprouve le général Barrié dans cette place, et son caractère, ne sont pas sans me donner quelques inquiétudes, et que la première chose à faire pour le bien du service de l'Empereur serait de l'en retirer promptement. Si, contre mon opinion, les Anglais ont fait quelques projets de tentative sur Rodrigo, ou même sur Salamanque, et que don Julian ait songé à nous intercepter cette première place, on ne pourrait les attribuer qu'au mouvement que vous aviez commencé sur Valence; mais le retour imprévu de Votre Excellence pourrait, dans ce cas, faire changer aux ennemis leur plan d'opérations et leur devenir funeste.

«Avant de recevoir les ordres de l'Empereur relatifs à la nouvelle division du territoire des armées du Nord et de Portugal, j'avais déjà pris quelques mesures pour jeter des vivres dans Rodrigo. Mais depuis mon retour, et supposant que vous éprouveriez, en vous établissant dans les sixième et septième gouvernements, des difficultés pour réunir promptement les moyens nécessaires au ravitaillement de cette place, j'ai cru devoir y donner la dernière main. J'ai la satisfaction de vous annoncer, monsieur le maréchal, que nous pourrons profiter de nos changements de garnisons pour faire escorter jusqu'à Rodrigo un convoi composé de toute espèce de subsistances pendant six mois. Le seul embarras que nous aurons sera, je le crains fort, celui des transports. Il serait à désirer que Votre Excellence pût concourir à cette opération, en faisant arriver à Salamanque toutes les voitures à sa disposition.

«Avec juste raison, Votre Excellence doit compter sur moi dans toutes les circonstances, et je lui renouvelle l'assurance que je n'ai rien tant à coeur que de faire ce qui peut lui être personnellement agréable et servir Sa Majesté.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Paris, le 9 janvier 1812.

«Je vous préviens, monsieur le maréchal, que le maréchal duc de Dalmatie a l'ordre de diriger sur Burgos, ainsi que vous l'aurez vu par ma lettre du 6 de ce mois, dont je joins ici un duplicata, les trois régiments polonais, et que je charge ce maréchal de faire aussi partir pour Burgos le 7e régiment de chevau-légers (ci-devant lanciers de la Vistule), et généralement tous les détachements polonais quelconques et officiers d'état-major polonais qu'il peut avoir sous ses ordres.

«Ayez soin que tous les détachements de ces corps qui se trouveraient sur quelque point que ce soit de l'arrondissement de l'armée de Portugal les rejoignent à leur passage.»

LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.

«Valladolid, le 13 janvier 1812.

«Monseigneur, en lisant votre lettre DU 21 NOVEMBRE, je trouve que je n'ai fait qu'exécuter littéralement l'ordre de l'Empereur, et que, même, je lui ai donné moins d'extension, puisqu'il m'était prescrit de compléter à douze mille hommes le détachement de l'armée du Centre, et que celle-ci n'a presque rien fourni; enfin que l'intention de Sa Majesté était que je plaçasse quatre mille hommes en échelons pour maintenir la communication. La division que j'ai de moins pour le moment, et que Sa Majesté supposait que j'avais sous la main, se trouvait nécessairement détachée pour l'exécution des ordres que vous m'avez adressés.