«Le général Montbrun n'a pas pu passer par Lucena. Il lui aurait fallu un équipage de montagne, et je n'en ai pas. Il paraît qu'il lui était aussi impraticable de se porter par Tarazona sur Requeña. Indépendamment de la difficulté des chemins, de celle des vivres, le passage présente des impossibilités, et, près de Requeña, se trouvent des positions qui sont occupées, retranchées et difficiles à chercher et difficiles à emporter. Il a donc pris la route d'Albonte et manoeuvré sur la rive droite du Xucar, menaçant la seule retraite qu'ait l'ennemi. Il est probable que son arrivée dans ces parages aura fait une diversion utile au maréchal Suchet, et lui aura facilité l'investissement de la place en séparant l'armée de la garnison, et déterminé celle-là à rentrer en Murcie. Ainsi tout ce qui tient aux opérations d'armée semble devoir être promptement terminé; et, si Valence résiste encore, ce ne sera plus qu'une opération méthodique pour laquelle le concours du général Montbrun serait inutile; et, comme, d'un autre côté, il est probable que les Anglais feront des mouvements à la fin de février, et qu'alors j'ai besoin de tout mon monde, j'ai donné l'ordre au général Montbrun de se mettre en route à la fin de janvier pour me rejoindre. Indépendamment des deux divisions, il a toute ma cavalerie légère dont je ne saurais me passer si, seul, je me trouvais forcé de faire la moindre opération.
«Sa Majesté parait tenir à ce que j'aie trois divisions dans la vallée du Tage; mais, vu la grande étendue de l'armée et le temps qu'il faut pour la réunir, qui, y compris celui nécessaire pour que les ordres de mouvement parviennent, est au moins de quinze jours, tandis que l'ennemi peut être en quatre jours sur moi, je n'ai d'autre garantie d'être en mesure de le combattre et de l'empêcher de séparer l'armée, tant qu'il est dans la position qu'il occupe aujourd'hui, que de tenir beaucoup de troupes sur les deux rives du Duero, afin de retarder assez les opérations pour que les divisions puissent venir me rejoindre. Mais, indépendamment de ces motifs, comment pourrais-je occuper le pays entier, établir des ressources, rendre faciles toutes les communications si près de la moitié de l'armée se trouve dans la vallée du Tage? Enfin, une dernière considération, qui a en partie motivé le changement de situation de l'armée, c'est l'impossibilité d'y vivre. Un corps considérable dans cette position ne peut y vivre que par les provinces de la Manche et de Ségovie; et elles sont affectées à l'armée du Centre. Partout il n'est possible d'y entretenir que des postes ou une très-faible division. C'est ce que j'ai fait. Malgré les efforts inouïs que j'ai faits avant mon départ pour procurer des subsistances à cette division, je n'ai encore que l'espérance qu'elle pourra y vivre jusqu'à la récolte, mais non la certitude.
«Je suis arrivé à Valladolid avant-hier; le général Dorsenne avait préparé un ravitaillement pour Rodrigo, et je profite de sa présence ici pour être soutenu au besoin, et je fais conduire le convoi immédiatement dans cette place, et par la même occasion en relever la garnison et en changer le commandant. Comme je n'ai point de cavalerie légère, le général Dorsenne me prête celle qu'il a ici et qui, réunie aux dragons, me donnera une force en cavalerie suffisante pour le mouvement; je soutiens le convoi par quatre divisions et je m'y rends de ma personne. Je ne pense pas que l'ennemi fasse de dispositions pour s'opposer à son entrée. Mais, si l'armée anglaise passait l'Aguada pour livrer bataille, j'attendrais sur la Tormès la division du Tage et les troupes que le général Dorsenne pourrait m'amener; mais sans doute ce cas n'arrivera pas. Rodrigo sera ainsi approvisionné jusqu'à la récolte, et, à moins d'un siége, il ne doit plus être l'objet d'aucune sollicitude. Cette opération terminée, les troupes du général Dorsenne seront relevées sans retard dans le septième gouvernement.»
LE GÉNÉRAL DORSENNE AU MARÉCHAL MARMONT.
«Valladolid, le 23 janvier 1812.
«Monsieur le maréchal, votre aide de camp vient de me remettre votre lettre du 21 décembre, avec le rapport du général Thiébauld à la même date.
«Votre Excellence sait qu'après avoir mis à sa disposition la division Roguet, deux batteries d'artillerie, la brigade de fusiliers de la garde et la cavalerie légère de l'armée, il ne me reste aucune troupe disponible. Je ne puis donc compter que sur celles qui se trouvent en Palencia, Léon, Benavente et Valladolid, en évacuant ces provinces, en les abandonnant aux insurgés, en laissant à l'ennemi des ouvrages et postes retranchés importants et en arrêtant les communications avec Bayonne et Madrid. Mais, d'après l'urgence que vous m'avez démontrée, je n'hésite pas à donner l'ordre à ces troupes de se tenir prêtes à marcher au premier avis. Si mon aide de camp, porteur de la présente, fait diligence, en quarante-huit heures je puis connaître la dernière détermination de Votre Excellence.
«Les troisième, quatrième et cinquième gouvernements du nord de l'Espagne n'étant occupés que par des bataillons de marche, je ne puis en retirer un seul homme. Malgré mes efforts et mes calculs, je ne pourrais rassembler que six mille hommes d'infanterie, mille chevaux et douze pièces de canon; et, quelque célérité que je fasse apporter dans mon mouvement, ces corps ne seraient réunis à Toro que vers le 2 du mois prochain.
«Comme le mouvement de l'armée combinée sur Tamamès n'est pas confirmé, qu'on ignore encore les forces de l'ennemi et que les Anglais ont l'habitude d'être lents dans leurs expéditions, je vais employer le temps qui s'écoulera jusqu'à la réponse de Votre Excellence à faire évacuer les blessés et les malades qui se trouvent dans les différentes places, et à réunir à Valladolid l'administration avec les équipages des corps.
«Avec les dragons à pied de votre armée qui étaient à Valladolid, il n'a été possible que de relever les postes de Puente-Duero à Valdestellas. Les ordres sont donnés pour que tout ce qui doit arriver de Burgos soit dirigé de suite sur Toro. Le général Curto partira avec le régiment de marche de dragons le 26; le bataillon du 47e, qui est à Almeida, sera aussi dirigé sur Toro aussitôt qu'il aura été relevé par un bataillon de marche.