«J'ai fait mettre en route, ce matin, non sans peine, vingt-deux caissons de votre grand parc, qui étaient restés à Valladolid. Ils rejoindront demain la division Roguet à Médina et suivront son mouvement sur Toro. Enfin, toutes les dispositions sont prises pour faire filer sur cette destination ce qui arriverait du Nord, appartenant à l'armée de Portugal.
«Je reviens à un objet qui mérite de fixer notre attention: en évacuant les lignes de l'Orbigo et de Cyla, nous fournissons aux Galiciens l'occasion (si le cas exige de nous porter en masse sur Salamanque) de s'emparer de nos ouvrages retranchés et de marcher ensuite, sans obstacle, sur Valladolid, en supposant que les opérations qui se présentent soient combinées, comme le prouvent les rapports qui m'annoncent unanimement l'arrivée à Villafranca de plusieurs généraux et officiers anglais et la réunion de plusieurs corps. Cette réflexion doit nous donner des craintes pour les suites. Je prie Votre Excellence de la méditer. D'ailleurs, je ne puis lui taire que mon opinion est que les Anglais, apprenant la jonction des armées impériales, renonceront, s'ils en avaient le projet, au hasard d'une bataille. Car il est à supposer que leur prétendu mouvement sur Tamamès par échelons n'a été opéré que pour avoir le temps d'approvisionner Rodrigo et de mettre cette place en état. Ils sortiraient des bornes de leur extrême prudence en marchant avec toutes leurs forces sur Salamanque; ce serait nous offrir trop d'avantages et ils auraient lieu de s'en repentir, car, quelque nombreux qu'ils soient, nous sommes plus qu'en mesure de les accabler, et ils éviteront toujours, tant qu'ils pourront, de nous attendre en plaine. Je me résume et crois fermement que l'armée combinée ne tentera pas, cette campagne, le passage de la Tormès.
«Je suis persuadé, monsieur le maréchal, que vous reconnaîtrez dans ma conduite et mes observations que toute espèce de considération cède au désir de déjouer les projets de l'ennemi et de coopérer au succès de vos opérations.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 23 janvier 1812.
«Je vous envoie, monsieur le maréchal, un Moniteur qui vous fera connaître l'état de choses du côté de Valence. L'Empereur a vu avec peine, monsieur le duc, la mauvaise direction donnée au général Montbrun, et que les ordres et contre-ordres donnés ont rendu inutile le mouvement que Sa Majesté avait prescrit. Vous avez reçu, le 13 décembre, l'ordre d'envoyer six mille hommes sur Cuença pour renforcer le général d'Armagnac et le mettre à même de marcher rapidement sur le corps espagnol qui était à Requeña en Utiel. Sa Majesté était fondée à croire que, le 24 ou le 25, cette puissante diversion aurait agi.
«Les ordres de l'Empereur n'ont donc pas été exécutés comme Sa Majesté le désirait. Cela provient de ce que vous avez hésité dans vos dispositions. Au lieu d'un corps volant que l'Empereur voulait lancer à tire-d'aile sur Cuença, vous avez voulu faire marcher un corps d'armée et trente pièces de canon. Sa Majesté (je dois vous le dire, monsieur le maréchal) pense que, dans cette circonstance, vous avez plus calculé votre gloire personnelle que le bien de son service. Vous connaisses assez l'Empereur, monsieur le maréchal, pour concevoir que, s'il eût voulu opérer une grande diversion en portant un corps d'armée et trente pièces de canon sur Valence, il vous aurait ordonné de passer par Almanza. Il en résulte qu'un mois après l'ordre que vous avez reçu d'envoyer un corps de six mille hommes sur Cuença l'ennemi était toujours maître de Requeña, et qu'alors tous n'aviez rien fait pour l'avantage de l'armée de Valence.
«L'Empereur, monsieur le duc, espère que cette lettre vous trouvera à Valladolid. Sa Majesté vous ordonne de suivre strictement les ordres ci-après:
«1° Rappelez, si vous ne l'avez déjà fait, le corps du général Montbrun;
«2° Vingt-quatre heures après la réception de cet ordre, faites partir une des divisions de votre armée avec son artillerie, et organisée comme elle se trouvera au moment où vous recevrez cet ordre, et vous la dirigerez sur Burgos pour faire partie de l'armée du Nord. Sa Majesté défend que vous changiez aucun officier général de la division que vous enverrez, et qu'on y fasse aucune mutation.