«L'Empereur voit dans vos dépêches que vous appelez l'armée de Portugal sur Truxillo. Cependant vous savez, monsieur le maréchal, que l'armée anglaise est composée de sept divisions, et que, s'il y en a une contre vous, les six autres doivent être dans le Nord. La position de l'armée à Merida nous est funeste puisque de là le général Hill se recrute et est à portée d'avoir des ramifications dans le pays, tandis que le mouvement de quinze à vingt mille Français ferait rentrer cette division dans le Portugal. Telle est, monsieur le duc, l'opinion de l'Empereur.
«Alexandre.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 14 février 1812.
«L'Empereur, monsieur le duc, regrette qu'avec la division Souham et les trois autres divisions que vous avez réunies vous ne vous soyez pas reporté sur Salamanque pour voir ce qui se passait. Vous auriez donné beaucoup à penser aux Anglais et auriez pu être utile à Rodrigo.
«Le moyen de secourir l'armée du Midi, dans la position où vous êtes, est de placer votre quartier général à Salamanque et d'y concentrer votre armée; en ne détachant qu'une division sur le Tage, de réoccuper les Asturies et d'obliger l'ennemi à rester à Almeida et dans le Nord, par la crainte d'une invasion. Vous pourrez même pousser des partis sur Rodrigo, si vous avez l'artillerie de siége nécessaire. Votre honneur est attaché à prendre cette place, ou, si le défaut de vivres ou d'artillerie vous forçait d'ajourner cette opération jusqu'à la récolte, vous pourriez de moins faire une incursion en Portugal et vous porter sur le Duero et sur Almeida. Cette menace contiendrait l'ennemi.
«L'armée du Midi est très-forte, l'armée de Valence, qui aujourd'hui a ses avant-postes sur Alicante, dégage sa droite.
«La position que vous devez prendre doit donc être offensive de Salamanque à Almeida. Tant que les Anglais vous sauront réunis en force à Salamanque, ils ne feront aucun mouvement; mais, si vous allez de votre personne à Valladolid, si vos troupes sont envoyées se perdre sur les derrières, si surtout votre cavalerie n'est pas en mesure après la saison des pluies, vous exposerez tout le nord de l'Espagne à des catastrophes.
«Il est indispensable de réoccuper les Asturies, parce qu'il faut plus de monde pour garder la lisière de la plaine jusqu'à la Biscaye que pour garder les Asturies.
«Puisque les Anglais se sont divisés en deux corps, un sur le Midi et l'autre sur vous, ils ne sont pas forts, et vous devez l'être beaucoup plus qu'eux. La lettre que je vous ai écrite et que vous avez reçue le 13 décembre vous a fait connaître ce que vous deviez faire.
«Menacez les Anglais, et, si vous croyez pour le moment ne pas pouvoir reprendre Rodrigo, faites réparer les chemins qui mènent à Almeida, réunissez vos équipages de siége, envoyez de gros détachements sur Rodrigo. Cela contiendra les Anglais, ne fatiguera pas vos troupes et aura bien moins d'inconvénients que de vous disséminer encore, comme vous le proposez.