«Reudnitz, le 16 octobre 1813,
six heures du matin.

«Mon cousin, il me paraît que rien n'annonce que l'ennemi veuille déboucher par Halle, et qu'il n'y a là qu'un corps de cavalerie. Il paraît douteux qu'on ait vu hier, comme on le prétend, quelques bataillons d'infanterie.--À la rentrée des reconnaissances, ce matin, cela sera entièrement vérifié, et, comme je vais faire attaquer les Autrichiens, je pense qu'il est convenable que vous passiez la ville au pont de la Partha, dans le faubourg et que vous veniez vous placer en réserve, à une demi-lieue de la ville, entre Leipzig et Liebertwolkwitz, vos divisions en échelons. De là vous pourrez vous porter sur Lindenau, si l'ennemi faisait une attaque sérieuse de ce côté, ce qui me paraîtrait absurde. Je vous appellerai à la bataille, aussitôt que je verrai la force de l'ennemi et que je serai certain que l'ennemi s'engage.--Enfin vous pourrez vous porter au secours du général Bertrand qui placera des postes sur votre position, si, ce qui n'arrivera probablement pas, une armée ennemie pouvait paraître sur le chemin de Halle.--Il faudra vous tenir, de votre personne, sur la grande route, hors de la ville. Il faudra laisser la division Lorge au général Bertrand, afin que cette division, soutenue par l'infanterie du général Bertrand, occupe toujours vos postes avancés.

«Napoléon.»

LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.

«19 octobre 1813.

«Monseigneur, la part qu'a prise le sixième corps d'armée aux batailles des 16 et 18 octobre, devant Leipzig, étant de nature à mériter l'intérêt de Sa Majesté, je crois de mon devoir de vous en adresser le rapport.

«Le sixième corps était placé, depuis plusieurs jours, à Liebenthal, chargé d'observer les mouvements de l'ennemi, qui pourrait déboucher de ce côté. Le 16, au matin, Sa Majesté étant dans l'intention d'attaquer l'ennemi, et aucun corps d'armée considérable ne s'étant encore montré devant moi, je reçus l'ordre de me rapprocher de Leipzig, afin, tout en le couvrant, d'être plus à même de prendre part, s'il y avait lieu, au combat qui devait se livrer de l'autre côté de cette ville. Je mis en marche mes équipages, et bientôt après mon corps d'armée s'ébranla.

«À peine mon mouvement était-il commencé, que de grosses masses de troupes ennemies débouchèrent par les routes de Halle et Gandsberg.

«Il était trop tard, et j'étais trop faible, pour occuper la position de Liebenthal. En conséquence, je continuai ma marche sur Leipzig, en soutenant mon mouvement par une vive canonnade. L'ennemi nous suivit avec activité, en ne montrant toutefois que des forces qui n'étaient pas trop supérieures aux miennes.

«J'avais deux partis à prendre: ou continuer ma marche et passer par le défilé de Leipzig, sous le feu et les efforts de l'ennemi, avec tous les désavantages que le terrain comporte, ou de faire face à l'ennemi.