«Mon cousin, je reçois au moment même votre rapport daté de Hanau le 10 avril, qui revient de Paris.--Vous trouverez ci-joint la notice de décrets que je viens de rendre. Faites reconnaître ces officiers sur-le-champ. Il est de la plus haute importance que vous présentiez de bons sujets pour les places vacantes dans les régiments de marine. Que votre présentation arrive dans vingt-quatre heures, vous aurez sur-le-champ les décrets et, sans perdre de temps, vous ferez reconnaître les officiers. Ayez toujours soin de prendre de bons officiers, et de les prendre dans un régiment pour suppléer à ce qui manquerait dans l'autre. Aussitôt que j'aurai votre rapport, il n'y aura plus rien à faire sous ce point de vue.--De toutes les manoeuvres je dois vous recommander la plus importante, c'est le ploiement en bataillon carré par bataillon. Il faut que les chefs de bataillon et les capitaines sachent faire ce mouvement avec la plus grande rapidité; c'est le seul moyen de se mettre à l'abri des charges de cavalerie et de sauver tout un régiment; comme je suppose que ces officiers sont peu manoeuvriers, faites-leur en faire la théorie, et qu'on la leur explique tous les jours, de manière que cela leur devienne extrêmement familier.--Pour le 23e régiment, vous parlez toujours de vos envois au ministre de la guerre. Envoyez-moi les demandes et les propositions nécessaires pour compléter ce régiment.--Choisissez les officiers pour le 86e dans le 47e, et que, par ce moyen, ce régiment provisoire soit complété en officiers.--Vous ne parlez pas du major ou colonel qui commande le 25e provisoire.--J'écris au ministre de la guerre pour faire rejoindre les deux compagnies du 86e, qui sont dans la Mayenne.--Donnez des ordres pour que le bataillon espagnol ne soit point envoyé en détachement, et qu'on l'ait toujours sous la main, à l'abri de la séduction. Il ne faut point l'employer au service d'avant-garde ou d'escorte, mais le tenir toujours ensemble et au milieu des bataillons français.--Sur les officiers revenus d'Espagne, on va vous envoyer les officiers dont vous avez besoin.--Envoyez la récapitulation de ce qui vous manque en colonels, majors, majors en second, chefs de bataillon, capitaines, etc.

«Napoléon.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Mayence, le 19 avril 1813.

«Mon cousin, je vous envoie copie de la lettre que j'écris au duc d'Istrie. Prenez les ordres du duc d'Istrie, s'il y est; prenez sur vous s'il n'y est pas. La marche de l'ennemi me paraît fort imprudente; on peut l'en faire repentir; mais surtout ôtez-nous toute inquiétude sur notre flanc gauche.

«Napoléon.»

NAPOLÉON AU DUC D'ISTRIE.

«Mayence, le 19 avril 1813.

«Le major général a dû vous expédier un officier pour vous faire connaître qu'un corps de partisans de trois à quatre escadrons, de six pièces de canon et de deux à trois bataillons, s'était porté sur Mulhausen et Vanfried; que le général westphalien Hammersten avait peur d'être sérieusement attaqué et craignait d'être obligé de se porter sur Witzenhausen, ce qui donnait de fortes inquiétudes au roi à Cassel.--J'espère que l'arrivée du général Souham dans la journée du 17 à Gotha, et celle du général Bonnet qui, ce me semble, a dû être, le 17 au soir, à Eisenach, auront ralenti la marche de l'ennemi. J'espère que vous-même, arrivé à Eisenach, vous vous serez porté sur les derrières de l'ennemi pour dégager le général westphalien et tranquilliser Cassel de ce côté. Cela est d'autant plus important que ces partis sur le flanc gauche inquiéteraient nos communications avec Erfurth.--Ainsi donc, aussitôt que vous serez arrivé à Eisenach, mettez plusieurs corps d'infanterie et de cavalerie sur les derrières de l'ennemi, et dégagez le général Hammersten.--Écrivez au roi à Cassel pour lui faire connaître votre mouvement et le rassurer.--Le prince de la Moskowa étant déjà sur Erfurth, les mouvements que vous pouvez faire sur les derrières de l'ennemi seront d'un heureux effet et pourront donner lieu à quelques coups de sabre et à la prise de quelques bataillons ennemis.--Le général Lefèvre Desnouettes me paraît très-propre pour cette expédition, mais appuyez-le par de l'infanterie. Enfin faites faire tout ce qu'il faut: cela est très-important, car ce serait un très-grand malheur si le roi était obligé d'évacuer Cassel.

«Napoléon.»