«Comme nous n'avons pas de nouvelles récentes de Cassel et qu'il serait possible qu'il y eût de ce côté quelques désordres, j'envoie demain, à moitié chemin de cette ville ici, un corps d'infanterie et de cavalerie qui serait soutenu par des forces plus considérables s'il était nécessaire, mais qui rentrera immédiatement si, comme je le suppose, tout est tranquille. Je prie Votre Majesté de me faire connaître ce qui pourrait se passer d'important du côté où elle se trouve, afin que je puisse faire ce que les circonstances commanderont, et prendre des positions conformes à sa sûreté.»
LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
«20 avril 1813.
«J'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire pour me faire connaître ses intentions sur le moyen de remplacer le personnel d'artillerie qui manque à mon corps d'armée. Les cadres des huit compagnies n'étant pas encore arrivés, je prie Votre Majesté de me permettre de lui faire quelques représentations sur une disposition qui ne me semble pas d'accord avec le bien de son service.
«Le corps des canonniers de la marine a un bon esprit, une assez bonne composition; mais ce corps a déjà été énervé par diverses dispositions intérieures, et il me semble que ce corps perdrait presque toute sa valeur d'opinion, et même sa valeur réelle comme ancien corps, si la disposition prescrite était exécutée littéralement.
«Les canonniers de la marine, à leur départ des ports, ont laissé un certain nombre d'hommes pour le service de la marine, conformément aux dispositions du décret de Votre Majesté, et, en général, ceux conservés ont été des hommes de choix. La marine a surtout conservé un grand nombre de sous-officiers, et les meilleurs, de manière que le plus grand nombre des sous-officiers actuels a un ou deux mois de nomination, et que le corps des sous-officiers dans ces régiments est en général très-faible. Depuis, ces mêmes régiments ont fourni trois cents canonniers pour la garde de Votre Majesté, et j'ai tenu la main à ce que les choix fussent faits tels qu'il convenait pour ce service important. Ensuite on a tiré à peu près le cinquième ou le sixième des officiers existante dans ces corps pour l'artillerie de terre, et on a choisi encore les officiers les plus méritants. Si à cela on ajoute encore un recrutement d'officiers et de sept à huit cents canonniers, ce corps ne sera le même en rien, parce que les chefs de corps, qui espèrent beaucoup de leur situation actuelle et mettent un grand prix à mériter la bienveillance de Votre Majesté, perdront l'espérance de bien faire en perdant les hommes dans lesquels ils avaient confiance, et seront découragés en pensant que leur corps est destiné à être un dépôt de recrutement pour les autres corps de l'armée, et que l'avenir brillant qui leur était offert leur est fermé; et réellement ce corps, de neuf mille hommes environ, dont plus de quatre mille sont conscrits de l'armée, perdant environ onze cents hommes d'élite, pris sur les anciens, sans compter les hommes plus recommandables encore qui ont été retenus dans les ports, sera peu de chose, en comparaison de ce qu'il était, par la différence de son esprit et de sa composition. Je pense donc que, puisque le besoin de l'artillerie de terre exige un secours momentané, il vaudrait mieux prendre une disposition seulement provisoire, qui, sans changer la composition de ce corps, n'influerait pas non plus sur l'esprit des officiers, et affecter, pour un temps déterminé, un bataillon tout entier au service des pièces de campagne; ou, si Votre Majesté tenait à une disposition définitive, que le recrutement des huit compagnies portât indifféremment sur tous les bataillons de mon corps d'armée. L'artillerie de marine s'en trouverait beaucoup mieux et l'artillerie de terre guère plus mal, attendu qu'il est bien facile de former en peu de jours des servants de pièces de campagne lorsqu'il y a par pièce trois ou quatre bons canonniers.
«Je prie Votre Majesté de me faire connaître si mes observations lui ont paru fondées, ou si elle persiste dans les dispositions qu'elle avait prescrites, pour que je puisse me conformer à ses intentions.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL COMPANS.
«22 avril 1813.
«Monsieur le comte, je reçois votre lettre de ce jour. Les circonstances ne rendent pas nécessaire l'emploi des vingt mille rations de pain commandées à Mulhausen. Vous devez, si elles sont fabriquées, avoir soin de les faire prendre. J'ai été informé des obstacles que l'administration westphalienne met à la fourniture des subsistances demandées pour l'armée; mais, comme nos besoins sont pressants, que les rassemblements de troupes deviennent considérables et nécessitent une prompte réunion de subsistances, vous emploierez la force, s'il est nécessaire, pour forcer l'administration de Mulhausen à fournir les quatre mille quintaux de farine de blé, tant pour Eisenach que pour Langensalza. Vous recevrez demain un détachement de cavalerie convenable pour vous éclairer.»