«16 août 1813, matin.
«Sire, j'ai reçu cette nuit la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire le 13 au soir. J'ai eu l'honneur de répondre hier matin à la lettre que Votre Majesté m'avait écrite le 12.
«Puisque vous daignez, Sire, provoquer mes réflexions, j'oserai vous dire que je regrette que vous ayez renoncé à la première idée que vous aviez eue de vous concentrer en attendant les mouvements de l'ennemi pour profiter de ses fautes pour le combattre; mais j'ajoute bien vite, Sire, que, puisque Votre Majesté a arrêté son opération sur Berlin avant d'avoir battu les Russes et les Autrichiens, il était indispensable de prendre les dispositions que vous avez arrêtées pour protéger les corps d'armée qui s'y rendent: il me semble cependant que les troisième et cinquième corps sont un peu loin, surtout depuis qu'il paraît certain que les forces principales de l'ennemi se rapprochent de l'Elbe. Votre Majesté est sans doute bien mieux informée que je ne puis l'être des mouvements de l'ennemi: mais il ne me paraît pas douteux, d'après les nouvelles répandues dans le pays, que la plus grande partie de l'armée russe est entrée en Bohême pour se réunir aux Autrichiens et traverser en ce moment ce royaume. Le duc de Tarente me donne des nouvelles qui cadrent parfaitement avec celles que j'ai reçues des habitants. D'un autre coté, il paraît que le prince de la Moskowa croit avoir peu de monde devant lui, ce qui est d'accord, et Votre Majesté trouvera sans doute que le mouvement des alliés est assez dans le génie du système qu'ils ont adopté depuis cette guerre, et qu'ils ont exécuté la veille de la bataille de Lutzen, en marchant sur Pégau lorsqu'une partie de l'armée marchait sur Leipzig.
«Enfin, Sire, je crains que, par la division que vous adoptez, le jour où vous aurez cru avoir gagné une bataille décisive, vous n'appreniez que vous en avez perdu deux.
«Les travaux de Buntzlau peuvent être considérés comme finis. D'après les divers ordres de Votre Majesté, j'y fais mettre la dernière main. C'est un poste que j'aimerais mieux défendre que beaucoup de places qui passent pour des forteresses, et qu'un homme de coeur et de jugement doit défendre au moins dix jours; et, si, comme tout l'annonce, Votre Majesté veut en faire usage, il est urgent d'y envoyer dix-huit ou vingt bouches à feu; il n'en est pas encore arrivé une seule. Toutefois je fais tout préparer pour détruire en douze heures les fortifications de Buntzlau.
«Depuis hier, tous mes malades sont évacués, et j'ai même fait évacuer des malades du cinquième corps qui m'avaient été laissés ici, je ne sais par quelle circonstance. J'ai de plus des transports préparés pour les malades que je pourrais avoir d'ici à quatre ou cinq jours. Ainsi Votre Majesté peut considérer le sixième corps comme parfaitement mobile.
«J'ai passé toute la matinée à reconnaître de nouveau tout le pays pour remplir les intentions de Votre Majesté; mais je n'ai encore rien trouvé qui me satisfît. Je monte à cheval pour continuer mes recherches; si elles me donnent les résultats que je désire. Votre Majesté en sera informée cette nuit.
«Je n'ai plus rien à ajouter, Sire que d'affirmer à Votre Majesté que le sixième corps est animé du meilleur esprit, et que j'ai l'espoir qu'elle en sera aussi contente quand elle le verra que lorsqu'il combattra pour elle. Quels que soient ses sentiments, ils sont peu de chose en comparaison du dévouement pour votre personne, de l'amour pour votre gloire, et du zèle pour votre service, qui animent le plus ancien de vos serviteurs.
«Le maréchal duc de Raguse.»