«Daignez, monsieur le maréchal, agréer, etc.
Boghos-Joussouf.

NOTE REMISE DE LA PART DE MÉHÉMET-ALI
AU CONSEIL DE FRANCE ET INCLUSE DANS LA PRÉCÉDENTE LETTRE.

«Méhémet-Ali ne peut jamais consentir à abandonner les pays qu'il possède. On ne pourra les lui arracher que par la force, et il est fermement résolu à user de tous les moyens qu'il a et qu'il aura à sa disposition pour se les conserver si l'on vient l'attaquer. Il préfère, s'il doit succomber, sacrifier toute sa famille et les siens plutôt que de leur laisser un héritage, bien et dûment acquis, mutilé par une lâcheté. Ce n'est pas un général qui peut capituler et se vendre après une honorable résistance, c'est un homme qui a travaillé toute sa vie pour l'avenir, et ne peut s'en dessaisir coûte que coûte.»

Je répondis en peu de mots à cette lettre.

«Vienne, le 30 janvier 1840.

«Monsieur,

«J'ai reçu avant-hier la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 16 janvier, et je me flatte de vous dire tout le plaisir qu'elle m'a causé. Le vice-roi a pris une attitude digne de lui, digne de ses antécédents, et dont le résultat, j'en ai la persuasion intime, sera favorable à ses intérêts. J'ai éprouvé une véritable jouissance à le voir répondre si complétement à l'idée que je me suis formée de son habileté et de son caractère. Chaque jour on reconnaîtra davantage la solidité de la base sur laquelle il s'est placé, et, pour mon compte, je n'ai pas manqué de proclamer hautement mes convictions à cet égard. Je regarde aussi comme certain que, malgré toutes les nouvelles dont sont remplis les journaux, les négociations de Londres n'amèneront aucun résultat qui lui soit contraire, et déjà divers indices prouvent l'impossibilité de s'entendre. J'applaudis cependant beaucoup aux mesures de prévoyance dont on s'occupe en Égypte et dont vous voulez bien m'entretenir. Le temps récompensera de si nobles efforts, et j'aurai bientôt, j'espère, à féliciter le vice-roi de ses succès. Il faut seulement de la patience. Je suis avec une constante préoccupation tout ce qui se passe chez vous et concerne Méhémet-Ali, et je ne perds jamais l'occasion de chercher à lui être utile quand elle se présente. Je vous demande, de votre côté, monsieur, de me tenir exactement au courant de ce qui se passe en Égypte; vous me devez cette complaisance, en raison de l'amitié que je porte au vice-roi.

«Agréez, etc., etc.»

«Alexandrie, le 16 avril 1840.

«Monsieur le maréchal,