«Je ne finirais pas si je vous détaillais toutes les mesures qui ont été prises, ou qui se prennent par précaution.
«La Syrie est complétement tranquille. Les propositions que le commandant Napier a faites à Son Excellence Abbas-Pacha, le 14 août (deux jours avant la notification de la décision de Londres à Méhémet-Ali), ont été repoussées; il en a été de même des ouvertures faites à Hassan-Pacha, général de division des troupes de Constantinople.
«L'émir Bechir a assuré le vice-roi de toute sa fidélité et du désir de la Montagne, qui ne veut ni étrangers ni insurrection.
«Des corps de troupes nombreux gardent toutes les côtes de la Syrie, et les vaisseaux anglais ne pourront, en dernière hypothèse, jamais commander au delà de la portée de leurs canons.
«Son Altesse Méhémet-Ali a bon espoir que l'on saura enfin la vérité en Europe, et qu'on reconnaîtra combien l'on a été trompé sur la portée de la prétendue révolte de la Syrie. Que si on s'est fourvoyé une seconde fois, le 15 juillet, à Londres, comme on s'est fourvoyé à Constantinople en réclamant la demande d'intervention, il y aura toujours moyen (à moins qu'on ait des raisons pour soulever une guerre générale) de conseiller au sultan d'user de sa munificence, et, en faisant un acte de souverain favorable à Méhémet-Ali, rendre à la Turquie sa force et à l'Europe le repos.
«Je suis, etc., etc.
«Boghos-Joussouf.»
Ma réponse était conçue en ces termes:
«Monsieur,
«Mon retour tardif à Vienne m'a empêché de répondre par le paquebot dernier à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 28 août, et en même temps de vous entretenir de la mesure insensée prise à Constantinople contre le vice-roi. Vous imaginez sans peine la sensation que j'en ai ressentie; mais ce que je regrette de ne vous avoir pas dit plus tôt, c'est que cet acte, qui a eu une désapprobation universelle, a mécontenté de la manière la plus vive le prince de Metternich, et que l'internonce autrichien, qui y a concouru, a été l'objet de son blâme le plus sévère. Cet événement, jugé partout en Europe de la même manière, accélérera je l'espère la fin d'une crise dont tout le monde souffre, et servira probablement les intérêts du vice-roi, au lieu de leur être contraire. L'attitude qu'il a prise et qu'il conserve, les concessions qu'il a faites en dernier lieu, et qui paraissent suffisantes à tout ce qui n'est pas aveuglé par la passion, sont des motifs de croire que tout s'arrangera bientôt. C'est un voeu que je forme ardemment; personne ne s'en réjouit davantage, comme personne plus que moi n'admire plus sincèrement la dignité et la raison qui ont constamment présidé aux résolutions du vice-roi.
«Veuillez, etc., etc.»