De là nous sommes allés à la ville Adrienne, située à peu de distance du tombeau de Plautius. Elle fut construite par l'empereur Adrien au retour de ses campagnes et de ses voyages. Il eut la singulière pensée de la composer de monuments qui rappelaient les lieux qu'il avait visités. Il bâtit le Poecile tel qu'il existait à Athènes. C'était une double galerie ouverte, dont le toit était supporté d'un côté par des colonnes. Le mur qui séparait les deux galeries était couvert de peintures semblables à celles existant dans le même lieu à Athènes et représentant les Grecs illustres. Ce mur est encore debout dans toute son étendue. Il bâtit aussi le Lycée, l'Académie, etc. Il creusa une vallée, qu'il nomma la vallée de Tempé, et où il amena une branche de l'Anio. Il imita aussi les monuments de Canope, et y conduisit des eaux pour représenter la branche canopienne du Nil. Il construisit un bain de Vénus. C'est comme une espèce de naumachie, où il y avait des chambres sous l'eau, consacrées, dit-on, aux plaisirs de l'amour. Les ruines du palais proprement dit, comme celles de toutes ces constructions capricieuses, sont immenses et présentent de très-grandes masses. Le pays, qui est fort accidenté, offre de très-belles vues. L'enceinte des jardins était de sept ou huit milles. Dans une cour du palais, on a trouvé l'immense cuve de porphyre placée au musée du Vatican. Cette villa d'Adrien était remplie d'une foule de statues. Caracalla les fit transporter à Rome pour décorer les bains qu'il y fit bâtir.

Nous fûmes ensuite à Tivoli. Rien n'est plus pittoresque que la vue du cours de l'Anio, de la cascade, du canal double, nouvellement creusé pour assurer la conservation de la ville. Il a donné naissance à une nouvelle cascade, très-abondante et très-belle. Le temple de Vesta, dont la colonnade est bien conservée, embellit beaucoup le paysage et lui donne un caractère tout particulier. Je descendis et je m'approchai de la grotte de Neptune, qu'une forte crue a détruit depuis. Je revins au temple de Vesta. Le petit temple de la Sybille qui le touche, a été transformé en une église sous l'invocation de saint Georges.

Le temps était mauvais et la journée avancée; je ne fus pas voir les cascatelles et les usines; mais, à un autre voyage, j'allai les contempler. Leur effet est admirable. Elles sont produites par une branche de l'Anio, qui, en traversant par un canal souterrain toute la montagne de Tivoli, tombe d'une grande hauteur, et fait mouvoir de nombreuses usines, établies dans le palais de Mécène, encore debout. Je vis la villa d'Este, appartenant autrefois au cardinal d'Este, protecteur de l'Arioste. La position est très-belle, et la vue extrêmement remarquable. Les grands accidents de terrain, les escarpements, les eaux abondantes, de beaux arbres et de prodigieux cyprès, font un ensemble rempli de grandiose; mais la plupart des statues, des bas-reliefs et des divers ornements du jardin sont du plus mauvais goût. Il y a cependant quelques fresques estimées dans la maison.

Dans cette journée, j'ai encore vu deux choses remarquables. La première est la colonne élevée devant Sainte-Marie-Majeure, au lieu où l'ambassadeur de Henri IV fit abjuration, au nom de ce prince, et reçut, dans la posture la plus humiliante et la corde au cou, l'absolution du pape Sixte V. L'autre, aux trois quarts du chemin de Rome, à Tivoli, est un ruisseau d'eau sulfureuse, qui ressemble à une rivière, et pourrait, près de sa source, servir à des établissements de bains d'une grande importance. Ces eaux étaient fréquentées autrefois; elles ont rendu la santé à Auguste. Des embarras dans leur écoulement avaient formé un lac, où des dépôts successifs ont formé une couche de pierre, une croûte dure qui couvre la terre et s'oppose à la végétation. Un canal, fait aux dépens du cardinal d'Este, a donné une issue aux eaux, et la plaine s'est trouvée depuis à découvert; mais elle est improductive. En enlevant la croûte de dépôt, on retrouve la terre végétale et la fertilité.

QUATRIÈME PROMENADE.

Le 4 décembre, nous vîmes la voie Ostensienne et les antiquités placées aux environs. Nous commençâmes par l'église de Saint-Paul hors des murs. Elle fut détruite par un incendie il y a dix ans; mais la piété des rois de l'Europe et le zèle des papes en ont commencé la restauration. Cette église, bâtie par Constantin, embellie et augmentée par Honorius et Arcadius, était l'objet d'une dévotion particulière. Elle renferme les restes de saint Paul, inhumé dans remplacement où elle est bâtie. C'est à peu de distance du lieu de son supplice, les Trois-Fontaines, qui est consacré par un monastère et deux églises.

Le couvent attenant à l'église de Saint-Paul est de l'ordre des Bénédictins et a été la demeure de Pie VII, alors simple moine. Cette église était d'une richesse extrême en matériaux. Des colonnes de porphyre, de granit d'Égypte et de marbre de Grèce la décoraient. Un incendie violent a presque tout anéanti. Le plafond, en bois de cèdre, devenu très-sec par la succession des siècles, s'enflamma si promptement, qu'en peu de moments tout fut réduit en cendres et qu'aucun secours ne put arrêter le mal. La chute de ces bois enflammés produisit entre les murs une telle chaleur, que toutes les colonnes furent ou détruites ou en grande partie altérées, et la porte de bronze, qui était d'un beau travail, entra elle-même en fusion. Ces colonnes de marbre ne laissent intacts que des débris, dont la réunion a servi à rétablir quatre colonnes, destinées à rappeler, par leurs dimensions et leurs ornements, les anciennes colonnes, qui étaient au nombre de dix-huit. Les colonnes nouvelles sont de granit du Simplon, des plus grandes dimensions, des plus admirables proportions, ainsi que du travail le plus parfait. Elles ont été fournies par l'empereur d'Autriche et transportées par le canal de Pavie, le Pô, la mer et le Tibre. Le travail est conduit avec une grande activité, et, dans une douzaine d'années, cette église sera terminée et plus belle qu'elle n'était. Elle sera pavée avec les débris des anciennes colonnes de granit. La colonnade du portail sera changée; une autre colonnade extérieure, de trente-six colonnes, la décorera, et masquera ou déguisera ce que les contre-forts ont de désagréable et de défectueux à la vue. Enfin elle reprendra sa place parmi les plus beaux monuments de la chrétienté. C'est la plus grande église de l'Italie après Saint-Pierre et la troisième de l'Europe. Des belles mosaïques du style byzantin qui existaient, la plus grande partie a échappé aux ravages de l'incendie; elles ont été parfaitement réparées. Le corps de saint Paul a été sauvé et est resté intact au milieu des désastres. La dépense des constructions est de trois cents écus romains par semaine; ainsi la main-d'oeuvre coûtera encore, en supposant un travail de douze ans, une somme de huit cent soixante-trois mille francs. On assure que les fonds nécessaires sont faits ou à peu près.

En retournant à la ville, M. Visconti nous a fait remarquer une petite chapelle, où un bas-relief représente saint Pierre et saint Paul s'embrassant et se disant adieu au moment où l'un et l'autre marchaient au supplice: saint Paul vers remplacement des trois fontaines qui surgirent, dit-on, tout à coup dans les lieux qu'arrosa son sang; saint Pierre vers le Janicule. Saint Paul, étant citoyen romain, fut décollé; saint Pierre, étant Juif, fut crucifié.

La porte de la ville a des tours rondes, bâties par Bélisaire. Le tombeau de Caïus Cestius, citoyen romain qu'aucune dignité n'a fait connaître, vivait du temps d'Auguste. Il ordonna, par son testament, de construire la pyramide qui porte son nom pour lui servir de tombeau. Elle dut être achevée dans une année et recouverte en beau marbre de Grèce. Le massif est composé de tuf réduit en poudre, mêlé avec de la chaux, ce qui en fait un corps dur et compacte. La chambre sépulcrale était peinte, et il reste encore des fresques intactes, représentant des Victoires, figures allégoriques se rapportant à la secte philosophique à laquelle appartenait Caïus Cestius. Cette secte considérait la vie comme un combat et la mort comme un triomphe. Un beau sarcophage en porphyre s'y trouvait; il est maintenant chez le prince Borghèse. C'est le pape Alexandre VII qui a fait ouvrir ce tombeau et découvrir les environs.

Près de là sont les tombeaux des individus morts à Rome et n'appartenant pas à la religion catholique: ce sont particulièrement ceux des Anglais. Leur réunion présente à l'oeil quelque chose d'élégant et de bon goût. On y lit les noms de gens connus, entre autres celui de Scheller, ami de lord Byron; celui du fils de Goethe, enfin de miss Bathurst, qui a péri par accident au moment où elle allait se marier.