Mon fils,
J'ai reçu votre lettre sur la situation des esprits en Italie. J'envoie à Gênes le prince d'Essling avec trois mille hommes tirés de Toulon. Je vous ai envoyé aujourd'hui un ordre pour la formation de plusieurs sixièmes bataillons. Vous y aurez vu que vous pouvez compter sur un renfort de quinze à seize mille hommes, et qu'en outre quarante mille hommes seront réunis avant le 1er janvier à Turin et à Alexandrie. On fera encore de plus grands efforts. Dans ce moment, tout est ici en mouvement. Ne vous laissez point abattre par le mauvais esprit des Italiens. Il ne faut pas compter sur la reconnaissance des peuples. Le sort de l'Italie ne dépend pas des Italiens. J'ai déjà six cent mille hommes en mouvement. Je puis employer là-dessus cent mille hommes pour l'Italie. De votre côté, remuez-vous aussi. Écrivez au prince Borghèse. Il me semble que la grande-duchesse et le général Miollis pourraient envoyer des colonnes dans le Rubicon. J'ai envoyé le duc d'Otrante à Naples pour éclairer le roi et l'engager à se porter sur le Pô. Si ce prince ne trahit pas ce qu'il doit à la France et à moi, sa marche pourra être d'un grand effet.
Votre affectionné père,
Napoléon.
N° VIII.--L'EMPEREUR AU PRINCE EUGÈNE.
Saint-Cloud, le 20 novembre 1813.
Mon fils,
Je viens de dicter au général Danthouard ce qu'il doit faire à Turin, Alexandrie, Plaisance et Mantoue: il vous fera connaître mes intentions.
Il ne faut point quitter l'Adige sans livrer une grande bataille; les grandes batailles se gagnent avec de l'artillerie: ayez beaucoup de pièces de 12. Étant à portée des places fortes, vous pourrez en avoir autant que vous voudrez. Vous n'avez plus rien à craindre d'une diversion sur les derrières, puisque l'artillerie ne passe nulle part. Mettez deux cents hommes et six pièces de canons à Brescia, à la citadelle. Ayez des barques armées, qui vous rendent absolument maître du lac de Peschiera, du lac de Lugano, du lac Majeur et du lac de Côme. Faites construire de bonnes redoutes fraisées et palissadées sur le plateau de Rivoli et qu'elles battent le chemin de Vérone, sur la rive gauche de l'Adige. Faites construire des ouvrages du côté de Montebello (ce dernier mot est effacé et remplacé de la main de l'Empereur par la Couronne).
Si vous êtes à temps, occupez les hauteurs de Caldiero et faites-y faire des redoutes; coupez les digues de l'Alpon et inondez le bas Adige. Enfin, la grande manoeuvre serait d'attaquer l'ennemi en concertant les moyens de passer rapidement, et sans qu'il le sût, par Mestre. Cette manoeuvre concertée en secret, et avec les grands moyens que vous avez, pourrait vous donner des avantages considérables.
Votre affectionné père,
Napoléon.
N° IX.--LETTRE DU GÉNÉRAL DANTHOUARD AU PRINCE EUGÈNE.
Sans date.