[44: M. Delachau, capitaine au 4e régiment, depuis colonel du 29e.]
[45: On a peine à comprendre l'illusion de l'Empereur. Les 3 et 4 décembre, il indiquait dans ses ordres l'intention de faire reposer l'armée à Molodetschno ou à Smorghoni. Il parlait de distributions de vivres. Le 5, au moment de son départ, il ordonnait encore au roi de Naples de garder Wilna, ou du moins Kowno, comme tête de pont.]
[46: On ne finirait pas, si l'on voulait raconter toutes les anecdotes horribles, touchantes, et souvent incroyables, qui signalèrent cette funeste époque.
Un général, épuisé de fatigue, était tombé sur la route. Un soldat, en passant, commença à lui ôter ses bottes; celui-ci, se soulevant avec peine, le pria d'attendre au moins qu'il fût mort pour le dépouiller: Mon général, répondit le soldat, je ne demanderais pas mieux; mais un autre va les prendre; il vaut autant que ce soit moi; et il continua.
Un soldat était dépouillé par un autre; il lui demanda de le laisser mourir en paix. Excusez, camarade, répondit l'autre, j'ai cru que vous étiez mort; et il passa son chemin.
Quelquefois même une affreuse ironie se joignait à l'égoïsme ou à la cruauté. Deux soldais entendirent un officier, malade et étendu par terre, qui les appelait à son secours, et qui se disait officier du génie. Comment! c'est un officier du génie? dirent-ils en s'arrêtant. Oui, mes amis, dit l'officier. Eh bien! tire ton plan, reprit l'un des soldats; et ils le laissèrent.
Cependant, pour la consolation de l'humanité, quelques traits sublimes de dévouement venaient contraster avec tant d'égoïsme et d'insensibilité. On a cité surtout celui d'un tambour du 7e régiment d'infanterie légère; sa femme, cantinière au régiment, tomba malade au commencement de la retraite; le tambour la conduisit tant qu'ils eurent une charrette et un cheval. À Smolensk, le cheval mourut: alors il s'attela lui-même à la charrette, et traîna sa femme jusqu'à Wilna. En arrivant dans cette ville, elle était trop malade pour aller plus loin, et son mari resta prisonnier avec elle.
Une cantinière du 33e régiment était accouchée en Prusse, avant le commencement de la campagne; elle suivit jusqu'à Moscou son régiment, avec sa petite fille, qui avait six mois au moment du départ de Moscou. Cette enfant vécut pendant la retraite d'une manière miraculeuse; sa mère ne la nourrissait qu'avec du boudin de sang de cheval; elle était enveloppée d'une fourrure prise à Moscou, et souvent nu-tête. Deux fois elle fut perdue; et on la retrouva, d'abord dans un champ, puis dans un village brûlé, couchée sur des matelas. Sa mère passa la Bérézina à cheval, ayant de l'eau jusqu'au cou, tenant d'une main la bride, et de l'autre son enfant sur sa tête. Ainsi, par une suite de prodiges, cette petite fille acheva la retraite sans accident, et ne fut pas même enrhumée.]
[48: Par Biénitza et Smorghoni.]
[49: En passant par Neustadt, Pillkahlen et Saliau.]