Le changement de situation du maréchal Ney s'étendit à son entourage, et ses aides de camp d'alors ne ressemblaient pas plus à leurs prédécesseurs que le maréchal de l'Empire au général républicain.
Parmi son état-major je citerai:
Labrume, chef d'escadron, amusant, spirituel, fin, d'un caractère agréable[11]; Saint-Simon, lieutenant, que sa fortune mettait au-dessus des autres et qui contribua par son exemple à donner à cet état-major une tenue et des manières plus distinguées. Il est aujourd'hui sénateur; d'Albignac, faisant le service d'aide de camp, quoiqu'il ne fût encore qu'adjudant, comptant dans un régiment de dragons. Son écorce un peu rude cachait un excellent cœur et des qualités distinguées[12]; Cassin, secrétaire intime du maréchal, et, depuis, intendant militaire, homme rempli d'esprit et de cœur, et dont les sages conseils ont souvent été utiles. Il a été secrétaire général du ministère de la guerre sous le maréchal Saint-Cyr, en 1817.
Tel était cet état-major au moment où j'allai le rejoindre, le 6 octobre, en avant de Nuremberg. On sait que nous étions en pleine marche contre la Prusse; et avant de continuer mon journal, il faut raconter très-sommairement la situation des deux armées, et le plan de campagne qui commençait à s'exécuter.
La Prusse, après avoir gardé la neutralité dans les guerres précédentes, venait de prendre son parti de nous attaquer. Elle choisissait le moment où l'Autriche, vaincue, ne pouvait se joindre à elle. Elle comptait sur l'alliance de la Russie; mais l'armée russe était éloignée, et la Prusse allait seule affronter la puissance de Napoléon. C'est la faute qu'avait faite l'Autriche l'année précédente, faute plus grave encore, car on avait vu à Ulm et à Austerlitz de quoi l'armée française était capable.
Le croirait-on cependant? une pareille imprudence n'inquiétait nullement la cour du roi Frédéric-Guillaume. L'armée française, disait-on, avait dû ses succès à une valeur téméraire et au peu d'habileté de ses ennemis; mais elle était hors d'état de se mesurer avec l'armée prussienne, avec des généraux héritiers de la tactique du grand Frédéric. Je me souviens que, peu de jours avant la bataille d'Iéna, mon hôte me parlait avec un éloge pompeux de l'armée prussienne, qu'il portait à cent cinquante mille hommes, dont cent mille d'élite; en ajoutant ironiquement que si nous finissions par la vaincre, cela serait long et difficile.
Toutefois ces généraux auraient dû sentir qu'ils étaient restés étrangers aux progrès que la guerre avait faits depuis quinze ans. Déjà, malgré leur jactance, le nom de Napoléon commençait à leur inspirer quelque inquiétude: aussi la discussion sur le plan de campagne s'éleva-t-elle tout de suite entre les vieux, représentés, par le duc de Brunswick, neveu et élève de Frédéric, qui recommandait la prudence; et les jeunes, tels que le prince de Hohenlohe, qui voulaient payer d'audace.
Voici quelle était la composition des deux armées.
La Grande Armée française se composait de six corps:
1er corps, maréchal Bernadotte 20,000 hommes.