La communication est interrompue. Le chemin qui y conduit le long de la mer est entièrement détruit. Quant à la route d'Ostalrich, les insurgés l'ont fait sauter en différents endroits, et l'on ne peut passer sur cette route qu'avec toute l'armée. On a cependant de temps en temps par des espions des nouvelles de Barcelonne. Le général Maurice Mathieu y maintenait le plus grand ordre et la plus parfaite surveillance. Comme les insurgés venaient souvent couper l'aqueduc qui conduit dans la place les eaux du Béjos, on construisit une redoute près de Moncada pour s'opposer à leurs entreprises. Le baron Dérolès, commandant les insurgés sur ce point, résolut d'enlever cette redoute au mois de septembre. Le général Mathieu en ayant eu avis sortit avec 1,500 hommes de la garnison, marcha à l'ennemi qui était fort de 3,000 hommes de ligne et un grand nombre de paysans; malgré cette disproportion, l'ennemi fut repoussé et poursuivi jusqu'à Ripallen.
On estime que Barcelonne est approvisionnée jusqu'à la fin de l'année, excepté en viande dont on ne donne depuis longtemps à la garnison que les dimanches. Il est donc essentiel de renouveler bientôt l'approvisionnement; pour parvenir à ce but, le cabotage présente de grandes difficultés, surtout depuis les entraves qu'y apportent les Anglais. La voie par terre est impraticable à cause des chemins; il n'y a donc d'autre moyen qu'une expédition maritime.
Les habitants de Barcelonne nous sont aussi opposés que ceux du reste de la Catalogne. Pendant le séjour qu'y fit le duc de Tarente, les habitants élevaient des feux la nuit sur les terrasses des maisons pour servir de signaux aux insurgés, et malgré les menaces les plus sévères et les recherches de la police, il fut également impossible d'empêcher cette connivence et d'en découvrir les auteurs. On n'avait que très-difficilement des nouvelles de la division Frère; elle s'étendait depuis le mont Serrat jusqu'à Lérida.
Un pareil état de choses laisse, comme on l'a dit, bien peu d'espérance de voir l'ordre se rétablir. Il faudrait, pour vaincre tant d'obstacles, employer une armée nombreuse parfaitement disciplinée, commandée par des généraux expérimentés et occupés du bien public. Il faudrait surtout que le chef de cette armée fût d'une probité irréprochable, qu'il eût avec les Espagnols de l'indulgence sans faiblesse, de la fermeté sans dureté; que cette armée fût payée exactement de l'argent de France et qu'on ne fût pas obligé d'attendre pour toucher la solde la rentrée des contributions si lente et si incertaine; enfin que l'on tâchât de persuader aux Espagnols que l'on s'intéresse à eux, qu'on les estime et qu'on les honore, que l'on s'occupe de leur bonheur; peut-être à force de bons procédés pourrait-on ramener ceux que la rigueur n'a fait qu'éloigner davantage, et peut-être avec le temps pourrait-on guérir des plaies si profondes et si envenimées.
LIVRE II.
CAMPAGNE DE RUSSIE EN 1812.
Iliaci cineres, et flamma extrema meorum,
Testor, in occasu vestro, nec tela, nec ullas
Vitavisse vices Danaum; et si fata fuissent
Ut caderem, meruisse manu.
Ô cendres d'Ilion, et tous, mânes de mes compagnons, je vous prends
à témoin que, dans votre désastre, je n'ai reculé ni devant les
traits des ennemis, ni devant aucun genre de danger, et que, si ma
destinée l'eût voulu, j'étais digne de mourir avec vous.
Énéide, liv. II.