CHAPITRE PREMIER.
SITUATION DU 3e CORPS ET EN PARTICULIER DU 4e RÉGIMENT.—MARCHE DE
MOJAISK À MOSCOU.—INCENDIE DE LA VILLE.—LE 3e CORPS PLACÉ SUR LES
ROUTES DE WLADIMIR ET TWER.—LE 3e CORPS ENTRE DANS MOSCOU ET OCCUPE LES
FAUBOURGS DE CE CÔTÉ.—MANŒUVRE DES RUSSES.—LE 3e CORPS À
BOGHORODSK.—RETOUR À MOSCOU.—REVUE DU 18 OCTOBRE.—ORDRE DE DÉPART.
Je partis de Mojaisk le 12 au matin, et j'arrivai le soir même au quartier général du maréchal Ney, dans un village près de Koubinskoé. Les régiments du 3e corps bivouaquaient autour du village. Le maréchal m'accueillit avec toute son ancienne bonté; j'avais servi auprès de lui quelques années auparavant, et je considérai comme une double faveur en cette circonstance l'emploi qui me replaçait sous ses ordres. Je fus reçu le lendemain matin à la tête de mon régiment par le général d'Hénin, commandant la brigade.
Voici la composition du 3e corps:
LE MARÉCHAL NEY, GÉNÉRAL EN CHEF.
LE GÉNÉRAL GOURÉ, CHEF D'ÉTAT-MAJOR.
+—————————-+—————+——————-+————-+ |GÉNÉRAUX |GÉNÉRAUX |RÉGIMENTS |COLONELS | |DE DIVISION |DE BRIGADE| | | +—————————-+—————+——————-+————-+ |1re division. |Gengoult |24e léger. |Debellier| | |Lenchentin|46e de ligne.|Bru | |Ledru des Essarts |Bruni |72e de ligne.| | +—————————-+—————+——————-+————-+ |2e division. |Joubert |4e de ligne. |Fezensac | | | |18e de ligne.|Pelleport| |Razout |D'Hénin |93e de ligne.|Beaudouin| +—————————-+—————+——————-+————-+ |2 brigades |Beurmann | | | |de cavalerie légère|Valmabele | | | +—————————-+—————+——————-+————-+ |Artillerie |Fouchet | | | +—————————-+—————+——————-+————-+
Une troisième division d'infanterie, composée de Wurtembergeois, sous les ordres du général Marchand, était réduite à 1,000 hommes. Le prince de Wurtemberg la commandait au commencement de la campagne. L'Empereur lui fit des reproches très-sévères sur les désordres que commettaient ses troupes, désordres fort exagérés par les Français. Le prince de Wurtemberg voulut établir une discipline plus rigoureuse; mais comme on ne pouvait vivre que de maraude, les soldats mourants de faim se dispersèrent. Le prince lui-même, malade et mécontent, quitta l'armée.
Le 4e de ligne, formé dès les premières années de la révolution, avait fait toutes les campagnes d'Allemagne et comptait Joseph Bonaparte au nombre de ses colonels. À l'époque où je pris le commandement du régiment, on pouvait partager les officiers en trois classes: la première, formée d'élèves nouvellement sortis de l'École militaire, ayant du zèle, de l'instruction, mais manquant d'expérience et dont la santé à peine formée ne pouvait déjà plus supporter les fatigues excessives de cette campagne; la seconde classe, au contraire, composée d'anciens sous-officiers, que leur manque total d'éducation aurait dû empêcher d'aller plus loin, mais qu'on avait nommés pour entretenir l'émulation et pour remplacer les pertes énormes que causaient des campagnes aussi meurtrières; d'ailleurs excellents soldats, endurcis aux fatigues, et sachant tout ce que peut apprendre l'habitude de la guerre dans les grades inférieurs. La troisième classe tenait le milieu entre les deux premières; elle se composait d'officiers instruits, dans la force de l'âge, formés par l'expérience et ayant tous la noble ambition de se distinguer et de faire leur chemin. Cette classe était malheureusement la moins nombreuse.
Le général Ledru avait été longtemps colonel, et connaissait parfaitement les détails du service en paix comme en guerre. Le général Razout, ancien militaire, avait la vue tellement basse, que, ne distinguant rien auprès de lui, il devait s'en rapporter à ceux qui l'entouraient; et ses dispositions sur le terrain se ressentaient nécessairement de l'incertitude perpétuelle à laquelle il était livré. Parmi les généraux de brigade, je citerai le général Joubert, officier d'un mérite ordinaire, et le général d'Hénin, à qui une longue captivité en Angleterre avait fait un peu perdre l'usage de la guerre. Les colonels étaient pour la plupart d'excellents militaires. M. Pelleport, engagé volontaire au 18e, avait fait tout son avancement dans ce même régiment, qu'il commandait alors avec une rare distinction.