«L'empereur, général, désire que vous cantonniez vos troupes, afin qu'elles se reposent des fatigues qu'elles ont éprouvées. Vous pouvez même les étendre jusqu'à Praznitz, où il y a une manutention; il y en a aussi à Makow. La petite ville de Pultusk, Nasielzk et tous les pays environnans sont à votre disposition. Vous pouvez donc en tirer ce qui est nécessaire pour bien faire vivre votre armée, etc.
«Une division de dix mille Bavarois est en marche pour se rendre de la Silésie à Varsovie; elle sera réunie à votre corps d'armée et concourra au même but. L'empereur regarderait comme une chose nécessaire que vous pussiez occuper Wiskowo. La légion polonaise qui se réunit à Varsovie pourrait être chargée d'occuper ce point.
«Vous voyez, général, par le système d'opérations qui vous est prescrit, que vous ne devez avoir aucun embarras d'équipages, bagages, etc., même à Pultusk. Il suffit que vous y ayez seulement en magasin des farines, du pain et de l'eau-de-vie pour votre corps d'armée pendant quinze jours. Occupez vous essentiellement de l'administration, afin que votre armée soit bien nourrie; faites reposer la division de dragons du général Becker; enfin ayez de bons espions; tendez quelques embuscades, et ordonnez quelques surprises, afin de faire quelques prisonniers; par là vous obtiendrez des nouvelles. Écrivez-moi tous les jours, et envoyez-moi l'état de vos cantonnemens.
«Je crois devoir vous observer, général, qu'en vous disant que vos opérations n'ont rien de commun avec la grande armée cela n'a rapport qu'aux grandes opérations militaires; car vous devez toujours avoir l'oeil et porter un grand soin pour couvrir les communications de Varsovie à Osterode, et, par conséquent, vous devez correspondre avec le général Davout, qui aura des postes à Neidenburg. Vous voyez que cette instruction se divise en deux: en grande opération de guerre, en cas que l'ennemi prenne l'offensive, et en opération ordinaire pour rester en observation, et couvrir les communications de Varsovie.
«Dans la première supposition, vous agissez seul;
«Dans la seconde il faut que vous ayez soin de couvrir les communications de Varsovie.
«Vous trouverez ci-jointe la route de l'armée, qui se trouve défendue par l'Omulew et la Wkra.» ]
[6: Monsieur Decrès,
«En lisant avec attention l'état de la marine du 1er avril, je vois avec satisfaction le bon état de mon escadre de Cadix. Je vois avec peine qu'à Toulon vous n'ayez pas encore fait armer le Robuste et le Commerce de Paris. Je voudrais savoir ces deux vaisseaux en rade, ce qui me ferait cinq vaisseaux avec l'Annibal, le Génevois et le Borée.
«Le grand-seigneur me demande à force d'envoyer cinq vaisseaux devant Constantinople, pour, avec son escadre, faire des incursions dans la mer Noire. Il a, lui, quinze vaisseaux armés: faites donc sans retard, je vous prie, mettre ces deux vaisseaux en rade; faites aussi commencer l'Ulm et le Danube; faites achever le Donawerth et le Superbe à Gênes. Si le Donawerth pouvait être fini, cela me donnerait six vaisseaux de mon escadre de Toulon, six de celle de Cadix, cela me ferait douze vaisseaux. Faites donc finir à Rochefort le Tonnant, afin que j'aie là bientôt sept vaisseaux; faites finir à Lorient l'Alcide, afin qu'avec le Vétéran cela me fasse trois vaisseaux. Il faut que les sept vaisseaux que j'ai à Brest soient mis en état de faire toute espèce d'entreprises, même d'aller aux Indes. Je désire donc qu'au mois de septembre je puisse disposer et faire partir, dans vingt-quatre heures, pour les missions les plus éloignées, sept vaisseaux de Brest, trois de Lorient, sept de Rochefort: total de l'Océan, dix-sept vaisseaux; six de Cadix, compris l'Espagnol, six de Toulon: total de la Méditerranée, douze. Total général, vingt-neuf vaisseaux. Le roi de Hollande aura également sept vaisseaux propres à toute expédition; mais, pour arriver à ce but, il n'y a pas un moment à perdre, puisque nous voilà déjà en mai. Vous n'avez donc plus que quatre ou cinq mois. Ces vingt-neuf vaisseaux ne me seront pas inutiles pour la guerre dans laquelle je suis engagé. Je vous prie de faire des recherches, et de me faire une note sur une expédition en Perse. Quatre mille hommes d'infanterie, dix mille fusils, et une cinquantaine de pièces de canon sont désirés par l'empereur de Perse. Quand pourraient-ils partir et où pourraient-ils débarquer? Ils feraient un point d'appui, donneraient de la vigueur à quatre-vingt mille hommes de cavalerie qu'il a, et obligeraient les Russes à une diversion considérable. Je vous dirai, pour vous seul, que j'envoie en ambassade extraordinaire le général Gardanne, mon aide-de-camp; des officiers d'artillerie et du génie. Un ingénieur de la marine, qui ne serait pas très utile en France, qui verrait les ports, serait d'une grande utilité dans cette ambassade.