L'empereur adopta les considérations et les mesures que lui proposait son ministre. Il interdit tout commerce, toute correspondance avec l'Angleterre; il déclara ce pays en état de blocus[2], l'isola tout-à-fait du continent, et le plaça dans une situation dont il ne tarda pas à sentir les fâcheuses conséquences.

CHAPITRE II.

L'armée entre en Pologne.—Chute du grand-maréchal.—Fatigues et privations des troupes.—L'armée prend ses cantonnemens.—Le quartier-général revient à Varsovie.

Ces mesures prises, l'empereur se mit en route pour la Pologne. Il savait que l'armée russe continuait sa marche; il lui importait, pour le succès de ses opérations ultérieures, de ne pas lui laisser le temps de franchir la Vistule; autrement nous aurions été obligés de prendre nos quartiers d'hiver dans une mauvaise position, entre l'Oder et la Vistule, ou bien de repasser l'Oder pour hiverner en Prusse. Dans ce cas, nous aurions découvert la Silésie, où nous avions des opérations à suivre; nous aurions vu, en outre, l'armée prussienne se recruter de tous les Polonais, qui, au lieu de cela, se rangèrent sous nos drapeaux.

D'après ces considérations, l'empereur se détermina à mettre l'armée en campagne au mois de décembre; elle marcha à la fois sur Varsovie, Thorn et Dirschau; elle ne rencontra ni obstacle, ni troupes russes, si ce n'est quelques centaines de cosaques, à quinze ou vingt lieues en deçà de Varsovie, auxquels elle ne fit point attention. Elle arriva sur les bords du fleuve, dont on rétablit les ponts de bateaux avec les moyens du pays.

Celui de Varsovie venait d'être brûlé; il était sur pilotis, on le reconstruisit en bateaux; celui de Thorn, également sur pilotis, n'était que légèrement endommagé; celui de Dirschau, qui était en bateaux, fut rétabli de même.

Nous avions trouvé dans les arsenaux de Berlin tous les moyens de la monarchie prussienne; réunis à ceux que nous avions, ils nous mettaient à même d'aplanir en un instant des difficultés qui paraissaient insurmontables. Par exemple, ces trois ponts furent rétablis si vite, que les troupes ne furent pas retardées une heure: elles eurent à traverser des boues affreuses entre l'Oder et la Vistule.

L'empereur fit ce trajet en voiture; celle qui était devant la sienne versa, la nuit, dans un mauvais passage. Le maréchal Duroc, qui s'y trouvait, eut la clavicule droite cassée; on fut obligé de le laisser sur la place, et de l'envoyer chercher du premier village que l'on rencontra.

L'empereur arriva le lendemain à Varsovie; son entrée dans cette ville mit la Pologne en délire; il ne put y rester. L'armée russe s'approchait, il n'y avait pas un instant à perdre; il fit passer la majeure partie de l'armée par Varsovie pour la porter sur le Bug.

Le reste s'avança par Thorn, et vint par sa droite se mettre en communication avec ce qui avait passé à Varsovie; tout ce qui avait traversé la Vistule plus bas que Thorn marcha sur Marienbourg et Elbing.