Cevallos. «Le roi a les meilleures intentions pour la France, mais il ne veut dépendre que de lui. La France s'est trop mêlée de nos affaires; il faut que cela finisse.
—«Ceci peut s'entendre de bien des manières. Est-ce un congé que vous nous donnez, ou que vous voulez prendre? Sans y être autorisé, je prendrai sur moi d'accepter l'un et l'autre, et vous laisserai, Monsieur, la responsabilité des conséquences.
Cevallos. «Mais je ne vois pas pourquoi l'empereur voudrait se mêler de nos affaires; avons-nous manqué à quoi que ce soit de notre alliance?
—«L'empereur se mêle de vos affaires parce qu'elles sont devenues celles d'Espagne, et que celles d'Espagne sont liées aux siennes. Peu lui importe qui régnera en Espagne lorsque ses relations avec ce pays n'en souffriront pas. Enfin, Monsieur, en dernière analyse, ou vous avez le projet de lui résister, et alors il prendra son parti; ou bien vous avez l'intention de le satisfaire, et dans ce dernier cas vous ne devez pas être embarrassés de lui en donner la preuve, puisque, vous particulièrement, monsieur de Cevallos, vous savez bien mieux qu'aucun de ces Messieurs ce que l'empereur peut désirer; ayant été attaché au prince de la Paix, vous connaissez toutes nos relations les plus intimes avec votre pays. Je ne comprends rien à toutes les objections que vous me faites, et je ne puis que préjuger qu'elles cachent de mauvais desseins…
«Avez-vous le projet de faire la guerre? Nous serons bientôt prêts…
«Nous soupçonnez-vous de mauvaises intentions envers le roi? il serait trop tard pour en être effrayé; et comment, dans ce cas, vous justifierez-vous de l'avoir amené jusqu'ici au milieu de nos troupes? N'est-il pas ici sous notre garde et à notre dévotion? Nous avons ici une division d'infanterie, une à Brivierca, et une à Burgos; si vous commencez les hostilités, dites-moi par où vous vous retirerez?
«Avez-vous le projet d'être pour nous ce que l'Espagne a été sous le père du roi Ferdinand? Si cela est, d'où viennent toutes vos inquiétudes, qui ne sont propres qu'à nous en communiquer d'autres? Si le roi se sent disposé à satisfaire l'empereur, pourquoi craindrait-il d'aller le joindre n'importe où, s'expliquer franchement avec lui, tant sur ce qui a amené son avénement au trône, que sur ce qui peut en être la suite? Il me semble que cette conduite serait conforme aux sentimens qui ont porté le prince des Asturies à avoir recours à l'empereur pour fléchir son père offensé. Cette époque est récente: comment, à travers tout ce qui tourmente votre imagination, ne vous êtes-vous pas aussi arrêtés à l'idée que la première réception de l'empereur serait peut-être un peu froide[35]? Parce qu'enfin il est l'aîné en âge et en droit; mais une fois la règle des bienséances observée et les intérêts nationaux réglés d'une manière conforme à notre vieille alliance, pourquoi ne serait-il pas le premier à reconnaître le roi Ferdinand? Montrez-moi l'impossibilité que cela soit ainsi? cela dépend plus de vous que de l'empereur.
«Je vais, au reste, aller le rejoindre, et lui dirai tout ce qu'il faut craindre, ainsi que ce que l'on doit espérer, et je ne doute pas qu'il ne me renvoie ici sous deux ou trois jours.»
Je quittai ces messieurs pour m'occuper de mon voyage à Bayonne.