«9° Lorsqu'un médicament ne se trouvera pas dans la pharmacie de l'hôpital, d'après l'approvisionnement fait en conséquence des dispositions ci-dessus, le directeur d'hôpital sera, dans ce cas seul, autorisé à acheter ce médicament où il le trouvera, sur le fonds des petits alimens, c'est-à-dire sur celui de 12 francs; et dans les huit jours au plus tard, toute dépense faite sur ce fonds par l'économe sera visée par le commissaire des guerres chargé de la police de l'hôpital.

«10° Il sera pris des mesures pour qu'il soit fabriqué du bon pain affecté au service des hôpitaux, et fait avec de la farine de froment; M. l'intendant général fera, autant qu'il pourra, distribuer du vin de Stettin, qui est le meilleur qu'on puisse se procurer.»

Indépendamment de ces minutieux détails que j'ai pris plaisir à citer, parce qu'ils prouvent toute la sollicitude de l'empereur pour les blessés, d'autres soins l'occupaient encore: il passait une partie de la nuit avec M. de Talleyrand; il songeait sérieusement à faire la paix, et à ce qu'il pouvait être obligé d'entreprendre pour en finir, si on ne parvenait pas à nouer une négociation.

Cette pensée, ainsi que les détails de son armée, ne l'occupaient cependant pas exclusivement. Pendant ses absences, le conseil des ministres se tenait à Paris sous la présidence de l'archichancelier; mais il ne s'y rapportait que des affaires d'un intérêt général. Les rapports y étaient faits comme à l'empereur, et accompagnés d'un projet de décret; mais lorsqu'il s'agissait de quelque chose de délicat qui touchait la politique ou se rattachait à quelque projet d'un intérêt particulier, les ministres lui en écrivaient confidentiellement, et presque toujours il décidait sans l'intermédiaire de personne.

Quant au grand travail de tout le personnel de l'administration des affaires locales des départemens ou des communes, il passait par la secrétairerie d'État; ce qui donnait à M. Maret un crédit et une influence considérable au-dehors.

Ce travail des ministres était apporté de Paris à l'armée par un auditeur au conseil d'État, qui, en arrivant au quartier-général, descendait chez le secrétaire d'État pour lui remettre tous les portefeuilles dont sa voiture était remplie. Celui-ci les lisait tous, et prenait ensuite les ordres de l'empereur pour le travail. Cette habitude eut un mauvais résultat en ce qu'elle mécontenta plusieurs ministres. Cela se conçoit aisément, parce que tout le travail administratif passant d'abord entre les mains du secrétaire d'État, il était naturel que ce fût lui qui, en le portant à la signature, donnât à l'empereur des détails que le ministre avait omis pour abréger le travail: c'est là précisément ce qui est devenu funeste, parce que le succès d'une proposition d'un ministre quelconque dépendait de M. Maret.

Par exemple, dans les nominations aux places de finance, de tribunaux et de l'administration de l'intérieur, il était devenu impossible de faire passer l'homme que le ministre ne voulait pas admettre. Après une révolution comme la nôtre, il n'y a guère d'hommes (dans la catégorie de ceux propres aux emplois) qui n'aient eu quelque part à des faits que l'opinion n'a pas toujours approuvés, et c'était là que l'on trouvait facilement une cause d'exclusion, lorsqu'on voyait sur un travail de proposition le nom de l'homme qui déplaisait. Comme le ministre qui le proposait n'avait pas prévu un refus, et qu'il fallait bien pourvoir à l'emploi vacant dans son département, M. Maret proposait de suite un autre sujet; l'empereur en était satisfait, et appelait cela du zèle à lui aplanir les difficultés. On se gardait bien de lui dire que les ministres étaient fort mécontens de voir à chaque instant leurs propositions ou tronquées ou rejetées; cela faisait rejaillir sur eux une sorte de déconsidération: on les appelait méchamment les premiers commis du secrétaire d'État. Personne ne s'abusait: on faisait croire à l'empereur que l'on disait à Paris «que l'on ne comprenait rien à son activité; qu'il n'était pas possible de lui en imposer, même sur les moindres choses; qu'il lisait tout.» Basse adulation qui eut des conséquences fâcheuses. Il se forma autour de la secrétairerie d'État une clientelle composée de tous les postulans qui étaient en instance auprès des autres ministères; avec eux arrivèrent les coteries de femmes et d'hommes qui protégeaient telle personne au préjudice de telle autre, et avec celles-ci les intrigues, qui sont toujours aux aguets du vent qui souffle, et qui trouvèrent le moyen de s'introduire dans la secrétairerie d'État: en sorte que ce n'était pas assez d'être agréé par le ministre dans le département duquel on était placé, il fallait encore être agréable au secrétaire d'État et à ses amis, d'abord pour être nommé, puis ensuite pour être conservé, et être à l'abri de toute atteinte et des suites de mauvais rapports.

Cette manière de travailler commença à Varsovie; elle était trop commode à l'empereur, auquel on ne parlait pas des plaintes qu'elle excitait, et trop avantageuse à quelqu'un qui recherchait le pouvoir, pour qu'elle changeât jamais. Les ministres, malgré leur répugnance, durent s'y soumettre, mais n'en furent pas plus satisfaits[3].

Je n'ai cité ceci que parce que j'ai vu, quelques années après, combien de mal nous en avons éprouvé: j'ai été le premier à oser en faire la remarque à l'empereur, et à lui dire que les nombreux ennemis que tout cela nous faisait se réunissaient à ceux que nous n'avions pas cessé d'avoir, et qu'un jour pourrait venir où le tort qu'ils nous feraient serait irréparable.

CHAPITRE III.