Il commença d'abord par me gronder d'avoir entrepris, à ce qu'il disait, cette extravagance; mais bref il fut bien aise d'avoir des nouvelles du maréchal Davout, tellement que j'avais à peine achevé de lui dire ce que j'avais vu, qu'il monta à cheval et partit au galop à travers toutes les troupes confédérées, et arriva lui-même à Abensberg.

CHAPITRE VI.

L'armée prend les armes.—Le prince royal de Bavière.—Distribution des forces autrichiennes.—Affaire d'Abensberg.—Prise de Landshut.—Bataille d'Eckmuhl.—Masséna.—Prise de Ratisbonne.—Le prince Charles réussit à s'échapper.

Selon sa coutume, l'empereur commença sa visite par les bivouacs des troupes, qui, de la droite à la gauche, l'eurent bientôt vu et reconnu; en sorte qu'aucun soldat ne doutait plus de la campagne. Il fit de suite prendre les armes à l'armée bavaroise, et la forma en avant d'Abensberg. Il n'était escorté et accompagné que d'officiers et de troupes bavaroises; le prince royal de Bavière était à côté de lui dans ce moment-là. L'empereur lui frappant sur l'épaule, lui dit: «Eh bien, prince royal, voilà comme il faut être roi de Bavière, quand ce sera votre tour, et ces messieurs vous suivront toujours; autrement, si vous restez chez vous, chacun ira se coucher; alors, adieu l'état et la gloire.»

Les officiers bavarois qui parlaient français le répétèrent en allemand, et cela courut parmi les soldats bavarois, qui, comme ceux des autres nations, jugent bien de la vérité.

Les deux divisions Gudin et Morand étant prêtes, l'empereur en fit pour le moment un corps d'armée dont il donna le commandement au maréchal Lannes, qui, la veille ou l'avant-veille, était arrivé de Sarragosse. Il joignit à ce corps une brigade de chasseurs à cheval avec la division de cuirassiers du général Saint-Sulpice. Les Bavarois, c'est-à-dire deux divisions, celle du prince royal et celle du général Deroy, marchèrent avec le maréchal Lefèvre, à la suite du reste du corps du maréchal Davout, qui avait encore avec lui les deux divisions Saint-Hilaire et Friant.

La division bavaroise du général Wrede étant plus à droite, elle suivit la direction du corps du maréchal Lannes. C'est de ce jour-là que l'empereur à commencé les manoeuvres qui eurent un si brillant résultat.

Les Autrichiens avaient commencé la campagne avec quatre armées; savoir: une en Italie, sous l'archiduc Jean; une en Gallicie, sous l'archiduc Ferdinand; une en Bohême, sous M. de Klenau; la grande armée, sous l'archiduc Charles, en Bavière, et un petit corps détaché pour appuyer les insurgés du Tyrol, était commandé par M. de Bellegarde.

La grande armée, sous l'archiduc Charles, avais pris sa ligne d'opérations par Vienne, Wels, Braunau, et était venue passer l'Iser à Landshut, d'où elle avait jeté un corps passablement fort sur Abensberg, puis avait pris la route de Ratisbonne avec toutes ses forces pour y attaquer le maréchal Davout. À la suite de l'armée de l'archiduc, se trouvait la réserve de grenadiers, commandée par le prince Jean Lichtenstein, puis les équipages de ponts, etc., etc. Indépendamment des troupes régulières, ils avaient levé et armé la landwehr (garde nationale), ce qui leur donnait un personnel de troupes considérable.

Le mouvement de l'archiduc sur Ratisbonne avait eu pour but de rallier à lui le corps de Bohême, et au moyen de ce qu'il aurait occupé la ville qui couvre le pont, tous les événemens de la campagne se seraient passés autour de cette ville, par l'occupation de laquelle il aurait couvert Vienne. Pendant que l'archiduc travaillait à l'exécution de cette partie de son plan d'opérations, l'empereur fit forcer et mener l'épée dans les reins le corps autrichien qui était venu de Landshut sur Abensberg; on le culbuta et on le mit dans une déroute complète; la nuit seule empêcha qu'il ne fût entièrement pris ce jour-là. On recommença le lendemain de très bonne heure à le poursuivre, et l'on entra pêle-mêle avec lui dans Landshut. Il voulut en défendre le pont; il s'engagea une fusillade d'un bord de l'Iser à l'autre, et nous aurions infailliblement vu le pont de l'Iser brûlé, si le général Mouton, aide-de-camp de l'empereur, ne fût venu l'enlever de vive force avec un bataillon du 57e régiment.