LE ROI.
Vous avez l'air surpris, monsieur...: vous soutiendrez peut-être que vous ne saviez pas comment signait une archiduchesse d'Autriche! vous qui avez été ambassadeur à Vienne!... Ne proférez pas un mensonge de plus.
LE CARDINAL, pâlissant et s'appuyant sur la table.
Sire... que Votre Majesté m'excuse... mais je ne suis plus à moi.
LE ROI.
Remettez-vous, monsieur; et si notre présence vous trouble, passez dans la chambre voisine... vous y trouverez des plumes et du papier... écrivez.
Le cardinal passa dans la pièce voisine, où il écrivit pendant un quart d'heure. Quand il rentra dans la chambre, il était pâle et tremblant... La feuille qu'il avait écrite était obscure et inintelligible; le Roi sourit avec amertume... il se tourna vers la Reine, et lui parla quelques moments à voix basse...—Qu'on avertisse M. de Villeroi, dit le Roi à M. de Breteuil.
Et il congédia le cardinal.
Celui-ci, en sortant du cabinet du Roi, fut arrêté par M. le duc de Villeroi, capitaine des gardes de service et conduit à la Bastille, sans même aller chez lui; mais il eut le temps de dire deux mots en allemand à un domestique de confiance à lui, qui se trouva sur son passage, et ses papiers importants furent mis à l'abri.
Madame de Lamothe fut arrêtée dans une terre de son mari près de Bar-sur-Aube; son mari s'était sauvé en Angleterre. Elle nia toute l'affaire, mais elle dénonça le comte de Cagliostro comme connaissant des secrets qui y étaient relatifs. Cagliostro fut arrêté rue Saint-Claude au Marais, où il demeurait, au moment où il partait pour aller à Lyon établir une loge égyptienne; il avait acquis un immense empire sur le cardinal. La veille du jour où le cardinal fut arrêté, il avait soupé chez lui avec Cagliostro, Gabrielle d'Estrées et Henri IV.