—Celui de Didon à Énée:
Ah! que je fus bien inspirée
Quand je vous reçus dans ma cour!
Et Marmontel chantait le morceau à contre-sens pour faire plus d'effet sur Piccini.
—Eh non! eh non! ce n'est pas cela... Corpo d'Apollo!... Carino!... non è questo per Diavolo!... Ecco, ecco... senti... senti...
Et voilà Piccini s'établissant au piano et chantant avec une mauvaise voix d'auteur, mais avec l'âme du compositeur, ce ravissant morceau de Didon, qui, en effet, est vraiment beau et l'est encore aujourd'hui.
—Est-ce ainsi que Sa Majesté le chante? demanda Piccini avec un regard inquiet, qui allait chercher la réponse dans le plus intime de l'âme...
—Un peu moins bien, répondit Carraccioli, croyant faire merveille... et pensant ensuite à autre chose...
—Ah! mon Dieu! s'écria Piccini... moins bien que.....
Mais alors elle l'a donc très-mal chanté! car enfin je chante mal, monsieur le marquis!... je chante très-mal!...
La détresse de Piccini était comique; il croyait d'abord que la Reine avait chanté son grand air, ayant son manteau royal, la couronne en tête et le sceptre en main, comme on voit les reines habillées dans les jeux de cartes[161]... Il fallut lui dire enfin que la Reine avait chanté son air de Didon chez madame de Polignac, à souper, ayant une simple robe blanche faite en lévite, et qu'il n'y avait de présent que le duc et la duchesse Jules, le baron de Bésenval, madame de Bréhan, madame de Châlons, le duc de Coigny, MM. de Durfort, M. de Dillon, quelques intimes, entre autres M. le comte de Fersen...