M. Necker, comment vous, qui jamais ne dites une parole légère, pouvez-vous m'en adresser qui me soient presque douloureuses?... Moi! écouter, entendre dire quelque chose d'offensant sur madame Necker!... Vous ne le croyez pas!... Qui m'a accusée de cette faute?... car vous ne pouvez m'en avoir soupçonné, vous!...
M. NECKER, lui prenant la main avec émotion.
Pardon! pardon!... mais vous connaissez cette histoire que fait courir madame de Genlis sur le compte de madame Necker?
LA DUCHESSE DE LAUZUN.
Non!... je n'ai rien appris! Qu'est-ce donc?
M. NECKER, souriant.
Puisque vous l'ignorez, je ne vous l'apprendrai pas, oublions-le; l'oubli de ce qu'ils disent devrait être la vraie punition des méchants.
Un Valet de chambre, annonçant successivement.
M. le comte de Creutz... M. Chénier... Lord Stormont... M. de Grimm... M. Damdhume... M. de Chabanon... Madame la comtesse de Brienne... Madame la comtesse de Châlons... Madame la comtesse de Tessé... M. le marquis de Castries... Madame la duchesse de Grammont... Madame la princesse de Poix... Madame la princesse de Beauvau... Madame la duchesse de Choiseul... Monsieur l'abbé Raynal, etc.
La conversation devint générale; mais, ainsi que le voulait madame Necker, elle était toujours dirigée par la maîtresse de la maison... Elle voulait aussi qu'aucune des personnes présentes ne sentît qu'elle était sous la dépendance de la présidente du salon... Il faut que le pouvoir agisse invisiblement, disait madame Necker[55]... Et cela n'était pas toujours...