LE MARÉCHAL DE NOAILLES.
Et le chevalier, comment s'est-il comporté?... C'est lui qui m'intéresse après tout.
Sa réponse étincelle d'esprit... Mais il y aurait un reproche à lui faire peut-être... (Ici M. de La Harpe regarde rapidement autour de lui pour voir s'il n'y a personne qui puisse prendre parti pour M. de Boufflers.) Il donne trop facilement dans le phébus... Mais c'est un léger défaut que mille beautés font disparaître, et ce n'est qu'en ma qualité d'Aristarque que je me suis permis cette critique en répondant à M. le maréchal... Et dans une sorte d'analyse du Voyage du jeune Anacharsis, remplie d'imagination et de noblesse, dans laquelle il retrace l'état de dégradation où est la Grèce aujourd'hui sous des maîtres barbares[75], M. le chevalier de Boufflers s'élève à la hauteur du plus beau talent. Ce passage m'a tellement frappé, que je lui ai demandé sur l'heure même la permission d'en prendre une copie, et je l'ai sur moi.
MADAME NECKER.
M. de La Harpe, je vous demande instamment de lire ce morceau.
MADAME DE STAËL, allant à lui et lui serrant vivement la main, lui dit d'un ton caressant:
M. de La Harpe! M. de La Harpe! j'aimerais bien mieux quelque chose de vous. Mais après ce que vous écrivez, ce que je préfère, c'est ce que vous lisez!
M. DE LA HARPE, s'inclinant.
Madame!... votre bonté me confond! (Il tire un portefeuille de sa poche, dans lequel est le fragment du chevalier de Boufflers, et lit[76]:)