MADAME DE SIMIANE.
Oh merci, madame la baronne!... Mon Dieu!.. que je voudrais les savoir par cœur, ces vers!... Sont-ils imprimés?
MADAME DE STAËL.
Non, madame[98], mais je les écrirai, et j'aurai l'honneur de vous les envoyer.
Madame de Simiane s'inclina en souriant, et sa gracieuse figure parut encore plus charmante, embellie par ce sourire auquel répondaient ses yeux... On croyait voir dans son regard.
«Madame, dit-elle à madame Necker, je ne vous dirai pas de vers, car je n'en sais pas faire; mais je puis vous en faire dire de charmants, s'il plaît à l'auteur.—Monsieur de Marmontel, je vous dénonce à madame Necker pour un improvisateur excellent. Nous étions à Auteuil, madame, il y a quelques jours; au dessert, on pria M. de Marmontel de chanter un couplet... Il n'en savait pas. Alors on lui imposa d'en faire un, et comme il refusait encore, on lui dit qu'il serait obligé de travailler sur un mot; on lui donna ce mot, il fit le couplet... et ce couplet est charmant. Allons, baronne, donnez-lui un mot!...»
Marmontel se récria!... C'était une perfidie!... «Eh bien! dit madame Necker, je vais vous donner un mot, et vous nous ferez un couplet...»
Elle rêva un moment... Tout-à-coup le bouchon d'une bouteille de vin de Champagne vint à partir...
«Ah! s'écria-t-elle, le voilà tout trouvé!... Champagne!...»
Marmontel rêva quelques instants... puis, sans écrire, sans revoir ce qu'il venait de faire, il s'adressa à madame Necker en lui chantant le couplet suivant: