[101]: C'est dans ce sens aussi que j'ai écrit ici la biographie de madame de Custine. J'ai voulu donner une idée de la femme angélique qui, ayant tous les avantages pour briller dans le monde, préférait la retraite et y était heureuse. Cette figure est un type à observer.

[102]: J'en parle longuement dans mes Mémoires sur l'Empire. M. de Caulaincourt était l'un des meilleurs amis de ma mère.

[103]: C'est elle dont j'ai raconté l'intéressante histoire, dans le Salon de madame de Polignac, au premier volume.

[104]: Ma mère soutenait à M. de Caulaincourt qu'il avait été amoureux de madame de Crenay; il s'en défendait avec une opiniâtreté comique, disant pour ses raisons qu'il n'avait jamais aimé les femmes grasses, et que madame de Crenay était énorme, ce qui était vrai. M. de Caulaincourt le père était fort petit, et très-mince surtout; il était comme un enfant; il avait dû être fort joli dans sa jeunesse. Je ne l'ai jamais connu jeune.

[105]: J'ai vu la même chose pour madame de Catelan, femme de M. de Catelan, pair de France sous la Restauration.

[106]: Madame de Balincourt, mère de M. le marquis de Balincourt que nous connaissons tous, était mademoiselle de Champigny. Elle était la seconde femme de M. de Balincourt; sa première se nommait mademoiselle de la Maisonfort.

[107]: Adam Philippe, comte de Custine, né à Metz le 4 février 1740. Il eut, comme les enfants nobles de l'époque, une destination dès le berceau... Il fut voué à l'état militaire, et à sept ans, il était lieutenant en second dans le régiment de Saint-Chamans; pendant la guerre des Pays-Bas, il était à la suite, ou pour parler plus juste, quelque comique que cela soit, dans l'état-major du maréchal de Saxe[107-A]; on l'en fit revenir pour le mettre au collége, et lui faire faire sa première communion... Après ses études, il entra dans le régiment du Roi, et à vingt-un ans il fut colonel du régiment de Custine. Il voulut connaître parfaitement tout ce qui avait rapport à cette profession des armes qu'il devait embrasser comme l'un des défenseurs du trône. Les Cours du Nord étaient alors des écoles où l'on apprenait de grandes choses. Le comte de Custine se passionna pour la méthode allemande; il demeura longtemps à Berlin, et en arrivant en France, il introduisit la discipline allemande dans son régiment, et au moment où le canon retentit sur les plages américaines, il voulut aller secourir des opprimés, car son âme était noble et grande; il échangea son beau régiment de dragons pour le régiment de Saintonge infanterie, et il partit pour l'Amérique. Arrivé sur le théâtre de la guerre, il se conduisit comme le plus vaillant chevalier des temps historiques de la France... au siége de New-York, il gagna exactement son grade de maréchal-de-camp à la pointe de l'épée; il avait alors trente-huit ans. De retour en France, il fut nommé gouverneur de Toulon et puis député aux États-Généraux. Il avait dès lors des opinions politiques qui devaient le faire pencher vers le parti de la Révolution, mais jamais dans une exagération blâmable; jusqu'au moment où il se déclara pour la cause de la nation, parti que l'on ne peut blâmer, sa conduite fut toujours irréprochable, et en admettant que ce parti fût une faute, il l'a payée tellement cher, qu'il faut se taire devant une telle infortune. Le comte de Custine avait de la fermeté dans l'exécution de sa volonté, mais cette volonté était pour lui longtemps difficile à fixer; une fois arrêtée, il disait lui-même que rien ne devait coûter pour l'accomplir!... Un officier que je connais lui a entendu vanter un jour la conduite du feld-maréchal Lawdon, qui brûla la cervelle de sa propre main à deux soldats révoltés!... Il était fort habile comme chef militaire, et ses premiers pas dans la campagne de 92 furent aussi brillants qu'avantageux à la France; il prit Mayence, Worms, Spire, Francfort-sur-le-Mein... ensuite il abandonna ces mêmes rivages où il avait triomphé pour se replier sur l'Alsace. Cela est-il bien, cela est-il mal, je ne puis prononcer. À la chute des Girondins, il envoya à la Convention les papiers du général Wimpfen, démarche qu'on lui a reprochée. Sévère et d'une probité spartiate, ne pouvant voir les exactions qui se commettaient sous ses yeux, il n'épargna pas dans ses rapports les représentants du peuple et plusieurs généraux aussi corrompus que l'étaient souvent les proconsuls empanachés qui suivaient l'armée, mais n'étaient JAMAIS à sa tête!... Rappelé à Paris au commandement de..., il se vit en même temps traduit au Comité de salut public après avoir été appelé à la barre de la Convention... puis au Tribunal révolutionnaire! L'accusation portée contre lui était absurde!... Il dédaigna d'y répondre, il eut tort!... Il fut condamné par ce tribunal de sang, qui était heureux de frapper des têtes innocentes et vertueuses, car, je le répète, si le comte de Custine a erré, c'est qu'il a cru que le salut de la France dépendait du parti qu'on allait prendre; un ange le soutint dans ces épreuves cruelles, ce fut sa belle-fille! il semblait que les femmes portant le nom de Custine devaient l'honorer par leurs vertus, leur belle conduite, comme elles devaient le rendre célèbre par leur beauté et leurs agréments. Mademoiselle de Sabran, qui épousa le fils du comte de Custine, était une de ces ravissantes créatures que Dieu donne au monde dans un moment de munificence: belle, jeune, aimée, madame de Custine, ayant à peine vingt ans, s'enfermait à la Conciergerie avec son beau-père, le conduisait au tribunal, le soutenait dans ces moments d'épreuves!... et puis lorsqu'elle l'avait reconduit dans son cachot, elle allait porter d'autres consolations et verser leur baume dans le cœur brisé de son mari, qui, à peine lié à elle, voyait la mort se dresser entre eux!... Quelles heures l'infortunée passait ainsi entre un vieillard accablé par la fortune injuste et son mari, le père de son enfant, frappé du même coup et marchant en même temps vers un même but... l'échafaud!... Madame de Custine la jeune est la mère de M. le marquis de Custine qui existe aujourd'hui et qui est connu pour être l'un de ces hommes, quoique jeune encore, que l'on voit avec peine comme les derniers d'un temps de bonnes manières et d'exquise politesse. Je ne parle pas seulement de cette époque, mais de toutes celles qui l'ont précédée.

Son aïeul mourut avec cette résignation de l'homme vertueux et du sage: on l'a accusé de pusillanimité parce qu'il avait demandé un prêtre!... nous sommes absurdes en étant cruels, nous trouvons le moyen d'être moquables en étant atroces!... le général Custine mourut au contraire comme il avait vécu, en homme irréprochable...

«J'ignore comment je serai demain en allant à la mort, écrivait-il à son fils la veille de son supplice, nul homme ne peut répondre de lui; mais je m'efforcerai, mon fils, d'être digne du nom que je vous laisse.»

Quelle touchante simplicité dans ce peu de mots! point de vantarderie, de fausse vaillance, à cette heure solennelle où l'homme, vis-à-vis de lui-même,